Pour acheter davantage québécois
Marchés publics: Québec présente sa stratégie 2026-2030 en Beauce
1 / 5

De gauche à droite: Luc Provençal, député de Beauce-Nord, Donald Martel, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, France-Élaine Duranceau, ministre responsable de l'Administration gouvernementale et de l'Efficacité de l'État et présidente du Conseil du trésor, ainsi que Samuel Poulin, ministre des Affaires Municipales et député de Beauce-Sud.
France-Élaine Duranceau, ministre responsable de l'Administration gouvernementale et de l'Efficacité de l'État et présidente du Conseil du trésor
Samuel Poulin, ministre des Affaires Municipales et député de Beauce-Sud
Donald Martel, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation,
Par Germain Chartier , Journaliste
Le gouvernement du Québec a présenté, ce mardi 23 juin chez Tapis Venture à Saint-Georges, sa nouvelle Stratégie gouvernementale des marchés publics 2026-2030, qui vise à acheter davantage québécois et à faciliter l’accès des PME aux contrats publics.
L’annonce a été faite par la présidente du Conseil du trésor, France-Élaine Duranceau, en présence du ministre des Affaires municipales et député de Beauce-Sud, Samuel Poulin, ainsi que du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Donald Martel.
Dans une région où les entreprises manufacturières, agricoles et de transformation occupent une place importante, le gouvernement présente cette stratégie comme un levier pour soutenir l’économie locale dans un contexte marqué par les tensions commerciales, les tarifs et la concurrence internationale. « On est en Beauce. Merci de nous recevoir en Beauce », a lancé France-Élaine Duranceau, en saluant d’abord les représentants et les employés de Tapis Venture.
La ministre a insisté sur le symbole de cette annonce, tenue à la veille de la fête nationale.
« Veille de la Saint-Jean, quoi de plus nationaliste que de dire qu’on veut soutenir davantage nos entreprises québécoises. Ça, c’est concret, c’est de l’action, c’est des vraies actions pour les gens d’ici. »
Un objectif de 60 % d’achats québécois
Avec près de 26 milliards de dollars en moyenne en contrats publics depuis 2018, le gouvernement du Québec estime disposer d’un levier économique majeur. La nouvelle stratégie vise notamment à faire passer de 50 % à 60 % la part des biens achetés auprès d’entreprises québécoises d’ici 2030. Selon Québec, cette hausse représenterait près de 1,9 milliard de dollars d’achats supplémentaires dans les entreprises d’ici, avec un potentiel de retombées de 1,8 milliard de dollars sur le produit intérieur brut.
« Acheter québécois, c’est pas juste une bonne idée, c’est une question de résilience », a soutenu France-Élaine Duranceau. La stratégie prévoit aussi que les grands ministères et organismes publics devront inscrire leurs cibles d’achat québécois dans leur planification stratégique et en rendre compte annuellement. La ministre y voit un changement important dans la culture de l’État.
« Pour la première fois dans l’histoire des marchés publics au Québec, les grands organismes publics devront rendre compte de l’atteinte de leur cible d’achat québécois. »
La fin du plus bas prix comme seul critère
L’un des éléments centraux de la stratégie concerne l’adjudication des contrats publics. Québec veut mettre fin au plus bas prix conforme dans sa forme actuelle, afin d’accorder davantage de place à la qualité, au rapport qualité-prix, aux approches collaboratives et au dialogue compétitif.
« Le plus bas prix, ce n’est pas toujours le meilleur achat pour le Québec », a résumé la ministre. Elle a donné l’exemple de produits plus durables, de fournisseurs locaux et d’entreprises qui créent des emplois ici.
« Un produit qui dure plus longtemps, un fournisseur d’ici qui crée des emplois ici, une entreprise qui livre la qualité, ça vaut quelque chose et ça doit compter. »
Le gouvernement souhaite ainsi faire passer de 28 % à 33 % la valeur des contrats publics attribués selon des critères de qualité et de valeur plutôt qu’uniquement sur le plus bas prix.
Des outils déjà permis, mais peu utilisés
La présidente du Conseil du trésor a aussi expliqué que plusieurs leviers existent déjà dans les règles gouvernementales, mais qu’ils sont encore trop peu utilisés par les acheteurs publics.
« Les outils sont là et on peut accorder une marge préférentielle jusqu’à 10 % à une entreprise qui offre un produit qui est fabriqué ici. Ensuite, on peut réserver certains appels d’offres aux petites entreprises de chez nous. On peut aussi exiger des matériaux québécois ou canadiens. On peut aussi régionaliser un contrat. »
Pour changer les pratiques, Québec prévoit un parcours de formation en trois niveaux pour plus de 800 personnes dans l’appareil public, ainsi qu’un coffre à outils destiné aux acheteurs de l’État.
La stratégie prévoit également des forums sectoriels dans des domaines comme la construction, le bioalimentaire, les technologies de l’information et la santé, afin de mieux faire connaître les besoins publics et les capacités des entreprises.
Un programme Visibilité doit aussi servir de vitrine pour présenter les produits et solutions québécoises aux organismes publics.
Des impacts attendus en Beauce
Pour Samuel Poulin, cette annonce prend un sens particulier dans une région comme la Beauce, où plusieurs entreprises doivent composer avec la concurrence américaine et les tarifs. « Nous sommes aussi dans une guerre tarifaire qui va se poursuivre au cours des prochaines années et qui affecte particulièrement la Beauce », a-t-il rappelé.
Le député de Beauce-Sud estime que la nouvelle stratégie peut permettre de diriger davantage de retombées vers les entreprises québécoises et régionales. « Ce sont des milliards que nous pouvons davantage mettre dans les entreprises québécoises. C’est des emplois, c’est des agrandissements. Et c’est des résultats qui peuvent se faire sentir également rapidement. »
Il a cité en exemple certains grands chantiers réalisés dans la région, comme le Complexe multisport de Saint-Georges, la Maison des Aînés et l’agrandissement de l’urgence de l’Hôpital de Saint-Georges, qui ont généré des contrats et des retombées pour des entreprises locales ou régionales.
« Oui, on est là, nous, les politiciens, on investit dans des infrastructures, mais ce sont les emplois et ce sont les retombées économiques qui sont importantes. »
Chez Tapis Venture, l’annonce est accueillie positivement, mais avec l’espoir que la stratégie se traduise rapidement dans les appels d’offres publics. Le directeur général de l’entreprise, Éric Faucher, estime que l’inclusion des sociétés d’État dans la démarche pourrait avoir des impacts importants pour des entreprises comme la sienne.
« Si les sociétés d’État sont aussi incluses dans le "deal", pour nous, ça a un impact majeur sur les contrats d’offres publiques qu’on va pouvoir gagner, a-t-il indiqué. Il croit toutefois que le véritable test viendra dans l’application de la stratégie. L’étape suivante, c’est vraiment de passer de l’intention à l’action. »
Selon lui, l’enjeu sera d’installer un changement durable dans les pratiques d’achat de l’État, au-delà du contexte politique actuel.
Avec cette stratégie 2026-2030, Québec souhaite donc faire des marchés publics un outil plus direct de développement économique, en donnant davantage de place aux entreprises d’ici. Présentée en Beauce, l’annonce vise particulièrement les PME régionales qui veulent accéder plus facilement aux contrats publics et profiter des investissements de l’État.


