Santé

Réduire l'attente pour des traitements contre le cancer en s'inspirant de l'Ontario

04 août 2026
La Presse Canadienne

Le Québec devrait s'inspirer d'un nouveau programme en Ontario qui permet aux patients atteints de cancer d'avoir accès plus rapidement à certains traitements novateurs pour lesquels un prix n'a pas encore été déterminé, soulève une note de l'Institut économique de Montréal (IEDM) publiée mardi.

Le programme FAST (Funding Accelerated for Specific Treatments) est un projet pilote qui a été lancé l'année dernière par le ministère de la Santé de l’Ontario. Pour l'instant, six traitements ont bénéficié de cette voie accélérée.

Il s'agit de médicaments qui sont homologués par Santé Canada, mais pour lesquels les négociations de prix de gros sont toujours en cours entre les fabricants et l’Alliance pharmaceutique pancanadienne (APP).

«La durée de négociation, essentiellement, ça prend huit mois et demi, neuf mois. [...] C'est un des nombreux processus qui prend beaucoup de temps, et c'est à cette étape que le programme FAST veut venir accélérer les délais», indique Emmanuelle B. Faubert, économiste à l’IEDM et auteure de la publication.

Elle précise que les médicaments concernés sont souvent approuvés ailleurs dans le monde. Dans plusieurs cas, leur valeur thérapeutique sert aussi pour traiter d'autres conditions de santé.

«Et donc, ce sont des médicaments qui ont généralement déjà des prix qui existent. Les négociations avec l'Alliance pharmaceutique pancanadienne, ce n'est pas généralement pour déterminer tant un prix, parce qu'il y a déjà un prix qui existe, mais c'est pour négocier des rabais en gros», précise Mme Faubert.

Les traitements pour le cancer sont dispendieux. «L'argent va être dépensé peu importe le type de traitement. La différence ici, c'est qu'on permet aux patients d'avoir accès à des traitements novateurs qui sont mieux adaptés à leurs conditions», fait valoir Mme Faubert.

C'est positif pour la santé des patients, mais aussi pour l'économie. D'une part, cela peut permettre une rémission plus rapide, et ainsi de revenir sur le marché du travail plus vite. «Il ne faut pas oublier que plus on traite ces cas rapidement, moins il y a de risques de complications. Ça permet d'éviter d'autres visites à l'hôpital, des interventions chirurgicales. Ça permet d'éviter plein d'autres coûts ailleurs dans le système de santé», soutient l'économiste.

«Ces gens-là attendent pour essayer d'avoir des traitements qui pourraient leur sauver la vie, ajoute-t-elle. [...] C'est pour ça qu'il faut vraiment s'assurer qu'on est capable d'accélérer le plus possible, qu'on élimine les délais qui sont de nature purement administratifs.»

Les particularités du Québec

Au Québec, il existe la mesure du patient d’exception, qui permet le remboursement de certains médicaments non inscrits à la liste officielle de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) lorsque des conditions précises sont remplies.

Cependant, l'un des enjeux est qu'il s'agit de patients d'exception. Ils doivent prouver qu'ils n'ont pas d'autres recours et que s'ils ne sont pas traités rapidement, leur état va se dégrader de façon considérable. Dans le programme FAST, il existe d'autres options pour traiter les cancers, mais celles-ci peuvent être moins adaptées au patient ou il ne répond pas bien au traitement.

«Notre avis à l'IEDM, c'est que ça ne devrait pas se limiter à quelques types de médicaments. Ça devrait être quelque chose qui devrait être étendu à un bien plus grand nombre de médicaments», mentionne Mme Faubert.

Précisons que contrairement à l’Ontario, le Québec ne se fonde pas sur les recommandations de l’Agence des médicaments du Canada. L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) mène sa propre évaluation coût-bénéfice.

Au Québec, le programme FAST pourrait être mis en place après une recommandation favorable de l'INESSS, à la suite de quoi la RAMQ pourrait commencer à prendre en charge les médicaments concernés. «Cette intégration provinciale pourrait rendre le programme FAST encore plus efficace au Québec, puisqu’il n’y aurait plus de retards administratifs liés aux allers-retours entre les autorités fédérales et provinciales», soutient l'étude de l'IEDM.

D'autre part, le programme ontarien prévoit que si les négociations entre le fabricant et l’APP échouent, le fabricant doit honorer gratuitement le reste des ordonnances des patients existants. Autrement dit, le patient va terminer son traitement aux frais de la compagne pharmaceutique.

Ce programme profite aussi à l’industrie pharmaceutique, indique l'IEDM, puisqu’un accès plus rapide aux médicaments novateurs se traduit par un meilleur rendement de l’investissement pour les sociétés pharmaceutiques.

«L'accès aux médicaments est quelque chose qui est très long de façon générale, souligne Mme Faubert. Ça peut prendre des décennies avant de développer des molécules.»

Par la suite, il s'écoule en moyenne environ deux ans et demi entre l'approbation de Santé Canada et la couverture par les assurances publiques. Accélérer de neuf mois un processus de deux ans et demi est significatif, conclut Mme Faubert.

La couverture en santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne