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Institut de cardiologie de Montréal

Les particules de plastique augmenteraient le risque d'infarctus

Les particules de plastique augmenteraient le risque d'infarctus
Photo: La Presse Canadienne
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La présence de particules de plastique dans le sang pourrait augmenter le risque d'infarctus du myocarde, préviennent des chercheurs italiens.

Le mécanisme responsable n'a pas encore été clairement identifié, mais il est probable que ces particules soient une source d'inflammation, a commenté le cardiologue Josep Iglesies-Grau, de l’Institut de cardiologie de Montréal.

«C'est tellement plausible qu'on a tendance à vouloir dire que c'est ça qui se passe», a dit le docteur Iglesies-Grau.

Plus il y a de microplastiques, plus il y a d'inflammation; et plus il y a d'inflammation, plus il y a d'athérosclérose, de stress oxydatif, de dysfonction endothéliale et d'activation de cellules immunitaires, résume-t-il. «Et finalement, c'est ça qui amène à la présence d'athérosclérose (...) et un jour cette plaque brise et ça cause des crises cardiaques.»

L'équipe italienne a analysé le sang en circulation autour du cœur d'une soixantaine de sujets. Elle a trouvé des particules de plastique dans le sang des artères coronaires de 84 % des sujets qui avaient été victimes d'un infarctus du myocarde, mais dans le sang de 40 % des sujets qui présentaient une maladie cardiaque moins sévère et de 32 % des sujets contrôles dont les artères étaient en santé.

Les patients victimes d’une crise cardiaque présentaient également des concentrations plus élevées et une plus grande variété de microplastiques, «le polyéthylène étant le polymère le plus fréquemment détecté (et étant) présent chez 97 % des patients présentant des particules de microplastique et de nanoplastique détectables», écrivent les auteurs de l'étude.

«La molécule qui ressort toujours, c'est le polyéthylène, qui est vraiment de loin le plastique le plus produit dans le monde, a renchéri le docteur Iglesies-Grau. On la trouve partout dans notre quotidien, surtout dans l'alimentation, les emballages, toutes les pellicules plastiques alimentaires, les sacs de congélation, les sacs d'épicerie, toutes les choses qui sont emballées.»

Chez ces patients, les concentrations les plus élevées de microplastiques ont été observées dans le sang prélevé directement dans l’artère obstruée, au niveau du site de l’obstruction.

Leurs artères présentaient également des taux élevés de marqueurs inflammatoires, ce qui confirme les recherches antérieures établissant une association possible, mais vraisemblable, entre l’exposition aux microplastiques et l’inflammation.

«De nouvelles données indiquent que les particules de microplastique et de nanoplastique, autrefois considérées comme des contaminants inertes, sont en réalité des polluants biologiquement actifs qui contribuent à la physiopathologie des maladies cardiovasculaires, notamment en favorisant le développement et la progression des plaques athéroscléreuses et en pouvant déclencher des événements cardiovasculaires indésirables», résument les auteurs de l'étude.

Qui plus est, rappellent-ils, «de nombreuses études épidémiologiques et expérimentales ont mis en évidence un lien étroit entre l’exposition aux (particules) PM2,5 et le développement ainsi que la progression de la maladie coronarienne, y compris l’apparition d’événements coronariens aigus».

L’exposition chronique aux PM2,5 a ainsi été associée à une accélération de la formation de plaques athéroscléreuses, tandis que «les pics de concentration de PM2,5 dans l’air ambiant à court terme peuvent agir comme des facteurs déclenchants de la déstabilisation des plaques, conduisant à un infarctus du myocarde ou à d’autres événements athérothrombotiques aigus», poursuivent les auteurs de l'étude.

«Nos résultats confirment non seulement le lien établi entre l’exposition aux PM2,5 et les événements cardiovasculaires aigus, mais associent également, pour la première fois, ces polluants environnementaux, en particulier les PM2,5, ainsi que le tabagisme, à la présence de (particules de plastique) à tous les stades de la maladie coronarienne», disent les chercheurs italiens.

Il semblerait donc qu'on doive ajouter l'exposition aux particules de plastique à la liste des facteurs de risque pour les maladies coronariennes, au même titre que le tabagisme, le cholestérol, la sédentarité ou encore le diabète, a souligné le docteur Iglesies-Grau.

«Il commence à y avoir de plus en plus d'arguments pour dire qu'il pourrait y avoir un lien de causalité, a-t-il dit. On commence à avoir de plus en plus de données que la présence de microplastiques pourrait aussi jouer un rôle pour soit augmenter la plaque d'athérome, soit même peut-être causer des événements aigus.»

D'ailleurs, dans la nouvelle étude, «le tabagisme s'est révélé être le seul facteur prédictif indépendant de la détection des particules de microplastique et de nanoplastique, les fumeurs présentant des concentrations de (ces particules) significativement plus élevées que les non-fumeurs», indiquent les chercheurs.

Une étude portant sur plus de 300 patients et publiée en 2024 par la même équipe italienne avait mis en évidence une association entre la présence de microplastiques dans les plaques artérielles et un risque accru d'événements cardiovasculaires graves.

Les particules de micro et de nanoplastiques proviennent de la dégradation d’articles de plastique plus gros. La taille des microplastiques va d’un micromètre (soit un millionième de mètre) à environ cinq millimètres. On mesure la taille des nanoplastiques en milliardièmes de mètre. En guise de comparaison, la circonférence d’un cheveu humain est d’environ 70 micromètres.

Les particules de nanoplastiques sont tellement infimes qu’elles peuvent entrer dans la circulation sanguine (par exemple, en franchissant la barrière intestinale) et se rendre directement aux organes. Depuis quelques années, les chercheurs en trouvent essentiellement partout là où ils cherchent dans l'organisme, des testicules au cerveau.

L’impact sur la santé humaine de ces particules est encore mal compris, mais elles interfèrent possiblement avec le fonctionnement de certains organes et avec celui du système reproducteur. Elles pourraient aussi avoir des propriétés cancérogènes, être une source de stress oxydatif et imiter l’action de certaines hormones (ce qu’on appelle des perturbateurs endocriniens).

On sait aussi que les microplastiques peuvent causer de l’inflammation, ce qui aura comme effet «d’ouvrir» des barrières cellulaires qui resteraient autrement fermées.

Le plastique est tellement omniprésent dans notre environnement qu'il est essentiellement impossible d'y échapper. On peut toutefois minimiser notre exposition en adoptant certaines mesures, notamment en évitant l'eau embouteillée dans des contenants de plastique; en évitant le plastique chauffé (micro-ondes, eau bouillante, café, etc.); en utilisant des contenants de verre, d'acier ou de céramique pour entreposer les aliments; en évitant les aliments ultra-transformés; et en choisissant des vêtements faits de fibres naturelles.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le réputé European Heart Journal.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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