Voie de contournement de Lac-Mégantic
Un «document clé» sur les risques à l’eau potable révélé par un citoyen
Par Sylvio Morin , Chef des nouvelles
Un rapport, établissant que le tracé proposé pour la voie ferroviaire de contournement de Lac-Mégantic mettrait « à risque » l’eau potable de quelque 6 000 résidents, a été déposé par un citoyen à l'Office des transports du Canada (OTC).
C'est la Coalition des Victimes Collatérales (CVC) qui a rendu public l'information, dans un communiqué de presse émis ce matin.
Le regroupement affirme que le document était connu de Transports Canada et de la Ville de Lac-Mégantic, mais que ni l'un ni ne l’a transmis à l'agence réglementaire. C’est un citoyen, Paul Dorion, qui l’a versé au dossier lors de la présentation de son mémoire, le 30 janvier dernier, durant les consultations publiques de l'OTC. L'organisme l'a publié sur son site seulement le 1er juin.
Le Rapport d’analyse de vulnérabilité: installation de production d’eau potable, avait été préparé par la firme Laforest Nova Aqua, pour le compte de la Ville de Lac-Mégantic, et présenté à l'administration en avril 2022.
L'analyse révèle que le tracé ferroviaire retenu menace non seulement les quelque 120 puits privés déjà identifiés «à risque» — sur les territoires de Lac-Mégantic, Frontenac, Nantes et Sainte-Cécile-de-Whitton — mais aussi les trois puits municipaux qui alimentent en eau potable environ 6 000 citoyens de Lac-Mégantic.
Le Coalition reproche principalement aux parties concernées de ne pas avoir «jugé utile» de transmettre le rapport à l’OTC, alors même que les experts mandatés par Transports Canada recommandaient explicitement d’en vérifier la teneur. Ainsi les promoteurs (CPKC et Transports Canada) n’ont déposé aucune évaluation spécifique démontrant que la construction et l’exploitation de la voie de contournement n’affecteraient pas l’approvisionnement municipal en eau potable.
Ne rien signer
Par ailleurs, Transports Canada aurait transmis à certains citoyens des avis de travaux ferroviaires, que la CVC estime incomplets et non conformes à l’esprit de la Loi sur la sécurité ferroviaire. Selon la Coalition, ils omettent des éléments de sécurité essentiels, notamment les risques à l’eau potable documentés au dossier de l’OTC.
Le regroupement citoyen estime encore «plus troublant» le fait que ces avis s’accompagnent d’une demande de signature de décharge, alors que l’OTC évalue toujours «la raisonnabilité du tracé.»
Ainsi, les responsables de la CVC invitent la population «à ne signer aucune décharge sans avis juridique indépendant.» Les citoyens peuvent aussi s’opposer aux travaux, pour des raisons de santé et de sécurité, en transmettant leur opposition écrite au ministre des Transports avant le 15 juillet prochain.
Pour sa part, la Coalition demande aux promoteurs, entre autres, d’informer non seulement les citoyens contigus à la voie ferrée, mais tous ceux situés dans les rayons d’influence documentés du projet.
De plus, le groupe réclame que soit déposée une évaluation complète et spécifique des risques démontrant, données objectives à l’appui, que la construction, le rabattement de la nappe, le drainage, l’exploitation et les scénarios d’accident ou de déversement au-dessus de l’aquifère ne porteront pas atteinte à l’eau potable.
Enfin, la CVC interroge le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, d’expliquer publiquement pourquoi aucune évaluation spécifique des risques pour l’eau potable de 6 000 citoyens n’a été exigée avant que des décharges soient sollicitées auprès de la population.
« On ne protège pas une source d’eau potable en la gaspillant sans gêne et en promettant de surveiller sa contamination après coup. Demander en plus aux citoyens de signer une décharge sur la foi d’avis incomplets, en attendant la décision de l’OTC, est tout simplement inacceptable », a conclu Yolande Boulanger, co-présidente de la Coalition des Victimes Collatérales.
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