Pier Dutil
Ça va faire!
On entend souvent des commentaires de citoyens qui se plaignent qu’il est difficile de convaincre des gens compétents de se présenter à des fonctions publiques, notamment à titre de maires ou mairesses dans nos municipalités.
Mais, lorsque l’on observe présentement ce qui se passe dans plusieurs municipalités où quelques mécontents insultent et menacent les élus, souvent sous le sceau de l’anonymat des réseaux sociaux, on comprend mieux l’hésitation de candidates et de candidats potentiels.
Le cas de Frampton
Frampton est une petite municipalité beauceronne de quelque 1382 habitants, un village. Jusqu’à tout récemment, la vie semblait s’y dérouler paisiblement.
Voilà qu’un simple projet de rénovation d’une salle communautaire a mis le feu aux poudres. On sait tous que ce genre de projet ne fait jamais l’unanimité dans une communauté.
Mais il y a toute une différence entre s’opposer à un projet et menacer de «péter la gueule» et/ou de «casser les jambes» aux dirigeants municipaux qui soutiennent le projet.
C’est ce qui s’est passé dans ce petit village beauceron récemment et qui a amené la mairesse, Gina Cloutier, élue il y a moins d’un an, à annoncer sa démission qui entrera en vigueur le 31 octobre prochain. Il y a des limites à se faire écoeurer et menacer.
Surtout qu’occuper un poste de mairesse dans une petite municipalité comme Frampton n’est pas payant. Je ne sais pas combien gagne Madame Cloutier, mais son prédécesseur, Jean Audet, recevait un salaire annuel de 22 983 $, soit 63 $ par jour. Si l’on calcule le nombre d’heures qu’un élu municipal se doit de consacrer à sa tâche, je ne suis pas certain qu’un tel salaire représente le salaire horaire minimum québécois, soit 16,60 $.
Occuper une fonction publique à ce prix est déjà faire preuve de dévouement. Mais, s’il faut en plus endurer les menaces de quelques insatisfaits, il y a des limites.
Et c’est cette limite que la mairesse de Frampton a décidé de ne pas franchir. Assez, c’est assez!
«Lorsque le débat fait place aux insultes, aux attaques personnelles, à l’intimidation et aux menaces, on n’est plus simplement dans un désaccord sur un projet municipal» confiait récemment Madame Cloutier au journaliste Germain Chartier d’enBeauce.com.
Décision maintenue
Suite à l’annonce de sa démission, Gina Cloutier a eu droit à un élan d’amour de la part de plusieurs de ses concitoyens. Émilie Ferland, copropriétaire du Miller Zoo situé à Frampton, a entrepris de faire signer une pétition demandant à la mairesse démissionnaire de revenir sur sa décision. En peu de temps, près de 300 personnes avaient accepté de signer la pétition en question.
Mais, au moment d’écrire ces lignes, Gina Cloutier ne semblait pas vouloir revenir sur sa décision.
Personnellement, j’aurais aimé qu’elle profite du soutien que de nombreux concitoyens semblent disposés à lui offrir pour faire un pied de nez à ses opposants. Mais, d’un autre côté, je comprends sa position. Personne n’a à endurer sur une base quotidienne les menaces des gens que tu es appelé à croiser dans les rues de ton village, à l’épicerie et ailleurs. Trop, c’est comme pas assez.
Une tendance au Québec
Malheureusement, ce qui se passe présentement à Frampton n’est pas un cas unique. Depuis les élections municipales au Québec en novembre 2025, Radio-Canada a recensé que 129 élus municipaux (maires et conseillers) ont démissionné, dont 21 dans la seule région de Chaudière-Appalaches.
Toujours selon Radio-Canada, les principales raisons à la base de ces démissions tiennent à trois facteurs : un climat d’hostilité et d’intimidation sur les réseaux sociaux, un manque de ressources et de soutien psychologique et une faible rémunération.
Dans les grands centres urbains, plusieurs élus ont été victimes de menaces. Dans certains cas, comme à Longueuil, la mairesse Catherine Fournier a même eu droit à des menaces de mort. On ne rit plus.
Aujourd’hui, les réseaux sociaux permettent aux faux braves de profiter de l’anonymat pour se cacher et répandre leurs menaces. Pas assez braves pour se présenter aux séances du Conseil et témoigner de leur opposition et faire valoir leur point de vue comme on se doit de le faire en démocratie.
À maintenir un tel climat, on risque de se retrouver avec des personnes qui accepteront de se présenter à des fonctions publiques avant tout pour sauvegarder leurs propres intérêts plutôt que de travailler à l’intérêt de l’ensemble de la communauté. Et on en paiera le prix.
Tout cela parce que quelques têtes chaudes n’ont pas compris ou, j’oserais dire, ne veulent pas comprendre qu’en démocratie, il y a une différence entre critiquer et menacer.
Si vous n’êtes pas contents des élus en place, exprimez respectueusement votre opposition et, si vous n’obtenez pas ce que vous voulez, ayez le courage de vous présenter à la prochaine élection. Là et seulement là on vous prendra au sérieux.
Courage
Il ne reste que 824 jours au mandat de Donald Trump et 14 jours avant les élections de mi-mandat
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Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à celles et ceux qui se plaisent à menacer les élus :

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