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Pier Dutil

Manger à sa faim

Manger à sa faim
Photo: Pier Dutil
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En ce jour de Noël, dans la plupart des familles beauceronnes, les tables sont bien garnies, la bouffe est abondante et tout le monde se régale.

J’exagère en disant tout le monde car, chez plusieurs, la table ne déborde pas cette année. On pourrait même manquer de bouffe.

L’année dernière, dans ma chronique de Noël, je vous avais parlé des Inner Wheel, ce groupe de 35 femmes bénévoles qui viennent en aide à des jeunes qui fréquentent les écoles primaires de Saint-Georges en leur fournissant un dîner, des vêtements et des fournitures scolaires. Plusieurs lecteurs avaient suivi mon conseil en faisant des dons pour quelque 1 000 $ à cet organisme. Merci!

Cette année, c’est de Moisson Beauce qu’il est question et, comme moi, vous serez probablement surpris de découvrir l’ampleur des besoins de nourriture pour venir en aide aux Beauceronnes et Beaucerons qui ne parviennent pas à manger à leur faim.

Des besoins en forte croissance

Dans le cadre d’une rencontre avec Marie Champagne, la directrice-générale de Moisson Beauce, j’ai pu mesurer l’ampleur des besoins.

Pour réaliser sa mission (sensibiliser, nourrir et agir) depuis 1994, Moisson Beauce s’assure de recueillir, de trier et de transformer des denrées qui seront distribuées via une cinquantaine d’organismes oeuvrant dans les six MRC de notre région.

Madame Champagne m’expliquait que les besoins se font de plus en plus pressants. On fait face à 12 500 demandes d’aide par mois, soit 150 000 annuellement. Depuis 2019, année avant la pandémie, les demandes sont en hausse de 32 %.

Et ce ne sont plus seulement des chômeurs ou des personnes seules qui ont des besoins. Suite à l’inflation qui a fait gonfler scandaleusement les prix de tout, même des travailleurs à bas salaires ne suffisent plus à nourrir leurs familles.

Pourtant, malgré les nombreux besoins, faire appel à l’aide alimentaire est une mesure de dernier recours, selon Marie Champagne. Avant d’en arriver là, on coupe dans d’autres dépenses, on en met moins dans les assiettes, on court les spéciaux à l’épicerie et il arrive même que l’on saute des repas.

Des finances à refaire annuellement

Pour répondre aux besoins toujours croissants, Moisson Beauce compte sur la générosité de nombreux donneurs. Son budget annuel est de 1,2 million de dollars (1,2 M$) et l’organisme compte sur seulement 300 000 $ en subventions. Le reste, soit 900 000 $, elle le récolte de diverses façons.

Les revenus proviennent principalement de deux initiatives : le tirage de la Maison Moisson Beauce et le Souper des Agapes. On compte également sur la Guignolée des Médias et sur des activités annuelles de collecte de fonds.

D’où proviennent les denrées?

Selon Marie Champagne, les denrées redistribuées par Moisson Beauce proviennent à 70 % d’épiceries de la région, de producteurs agricoles, d’éleveurs, de chasseurs, de fromageries, et de dons de particuliers. Le 30 % restant provient d’échanges avec d’autres banques alimentaires et de donateurs de l’extérieur. Finalement, Moisson Beauce achète directement des denrées pour une valeur d’environ 250 000 $ annuellement.

Au cours de son année financière 2022-2023, Moisson Beauce a distribué 955 223 kilos de denrées alimentaires d’une valeur totale de 6,7 M$. Tout cela est rendu possible grâce au travail de moins de 15 employés et de 500 bénévoles.

Malgré ces chiffres élevés, on ne parvient pas à répondre à tous les besoins.

Il m’arrive d’entendre des commentaires de gens qui, lors de collectes de fonds, disent : «Encore Moisson Beauce, ils passent leur temps à quêter.» Eh bien oui, ils passent leurs temps à quêter parce que les besoins ne cessent de croître.

Alors, la prochaine fois que vous verrez l’équipe de Moisson Beauce quêter, si vous le pouvez, mettez la main dans votre poche et laissez tomber un billet qui fera du chemin jusqu’à la table d’une famille beauceronne. 

Si on est capable de nourrir les chevreuils aux pommes et aux carottes avant de les abattre, on devrait être capable de nourrir des humains qui continuent à vivre.

Y a-t-il des profiteurs?

Un autre commentaire que j’entends parfois consiste à se demander s’il y a des profiteurs qui abusent de la générosité des organismes qui redistribuent les denrées de Moisson Beauce.

Madame Champagne me rassure à ce sujet en m’expliquant que les organismes chargés de redistribuer les denrées s’assurent que les demandeurs résident bel et bien sur le territoire desservi. On procède également à une évaluation de la situation financière des demandeurs dans le but de les orienter vers d’autres organismes susceptibles de leur venir en aide. 

Idéalement, on devrait souhaiter la disparition de Moisson Beauce. Cela voudrait dire qu’il n’y a plus de besoins en soutien alimentaire dans notre région. Mais, nous ne vivons pas dans un monde idéal et nous devons donc nous réjouir de pouvoir compter sur un tel organisme.

La générosité des Beaucerons

Si Moisson Beauce peut compter sur la générosité des Beaucerons et des entreprises pour combler en partie les besoins alimentaires dans la région, d’autres organismes bénéficient aussi d’importants dons leur permettant de répondre à de nombreux besoins, notamment en santé.

Je me permets de vous citer deux exemples : la Fondation Catherine de Longpré et la Fondation Santé Beauce-Etchemin. La première récolte annuellement des dons d’une valeur variant de 825 000 $ à 965 000 $. Ces montant proviennent principalement de sa loterie annuelle, d’un tournoi de golf et de dons récoltés ici et là tout au long de l’année.

À la Fondation Santé Beauce-Etchemin, on récolte annuellement de 600 000 $ à 700 000 $. À elle seule, la campagne de financement annuelle permet de recueillir environ 500 000 $. Le reste provient là aussi de nombreux dons sous formes diverses.

À eux seuls, Moisson Beauce, les Fondations Catherine de Longpré et Santé Beauce-Etchemin récoltent annuellement plus de 2,5 M$. Et cela est sans compter les nombreux autres organismes qui bénéficient de la grande générosité des Beauceronnes et des Beaucerons.

J’ose espérer que cet élan de générosité n’est pas sur le point de sa tarir, car les besoins sont de plus en plus présents.

Pensée de la semaine

Je dédie la pensée de la semaine à tous les généreux donateurs qui contribuent aux organismes de notre région :

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