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Ligne d’interconnexion Appalaches−Maine

Des groupes environnementaux opposés à Hydro-Québec au Maine

Des groupes environnementaux opposés à Hydro-Québec au Maine
Photo: Archives/EnBeauce.com
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Alors que ses concurrents dépensent des millions pour lui barrer la route, Hydro−Québec mène une rude bataille pour convaincre les citoyens du Maine de ne pas rejeter un important projet d’exportation, lors d’un référendum le 2 novembre.

Malgré la promesse d’une réduction des gaz à effet de serre, plusieurs associations environnementales locales se rangent dans le camp des opposants. 

La ligne d’interconnexion des Appalaches−Maine doit s’étaler sur 233 kilomètres au Maine et doit acheminer 9,45 térawattheures annuellement vers le Massachusetts. Le projet permettrait de réduire les gaz à effet de serre de 3 millions de tonnes métriques, l’équivalent d’enlever 700 000 voitures de la route. 

L’argument climatique n’a toutefois pas convaincu les principales associations environnementales du Maine, qui s’opposent au projet. Anya Fetcher, directrice d’Environment Maine, craint que la portion de près de 85 kilomètres qui passe par la forêt de Northwoods perturbe la faune et la flore. 

« C’est un écosystème précieux et c’est un endroit important pour les Mainois, explique−t−elle. Les gens vivent et visitent le Maine en raison de la beauté de sa nature. Nous devons protéger ce secteur. »

Mme Fetcher ne considère pas l’hydroélectricité comme une source d’énergie verte, notamment en raison de l’impact de la construction des barrages. Elle aurait aimé que le milliard $ US investi dans le projet serve plutôt au déploiement d’énergie solaire et éolienne. 

Chez Central Maine Power (CMP) qui construit la ligne d’interconnexion au sud de la frontière, on considère que le solaire et l’éolien ne sont pas des sources d’énergie aussi fiables que l’hydroélectricité. Il faudrait abattre dix fois plus d’arbres pour installer un parc éolien et solaire produisant autant d’énergie.

Mme Fetcher n’est pas seule à s’opposer au projet. C’est le cas notamment du Natural Resources Council of Maine (NRCM) et de Sierra Club Maine. Leur position ne fait pas l’unanimité dans la communauté environnementale, mais les opposants sont nettement plus mobilisés. Les organismes identifiés par plusieurs sources comme étant favorables au projet n’ont pas répondu à nos appels ou nous ont dit ne pas avoir adopté une position officielle.

L’opposition de ses confrères désole Tom Rumpf, un environnementaliste à la retraite qui a travaillé pendant 21 ans à la Nature Conservancy au Maine. Le projet n’est pas parfait, admet−il lors d’une entrevue à son domicile. « Il y a des sacrifices à faire, j’en suis conscient, mais dans l’ensemble je crois que ça va permettre de contribuer à la décarbonisation de l’électricité de la Nouvelle−Angleterre. »

La ligne a obtenu le soutien des autorités réglementaires après une analyse approfondie des impacts environnementaux, avance−t−il. Il croit que ses effets sur la faune et la flore seront minimaux. Il donne en exemple la crainte d’un réchauffement des cours d’eau qui sert d’habitat aux truites. S’il est vrai que les cours d’eau se réchaufferont sous la ligne en raison de l’absence d’ombre, ceux−ci se refroidiront rapidement, car ils sont alimentés par des cours d’eau souterraine froids, explique−t−il.  

Campagne de désinformation
Les nuances du projet se perdent toutefois dans cette campagne polarisée, déplore M. Rumpf. Il faut dire que les différents lobbys ont dépensé un total de 94 millions $ US pour influencer les électeurs, selon des documents déposés auprès du commissaire à l’éthique du Maine consultés par La Presse Canadienne. Il s’agit d’un montant record pour un référendum dans l’État.

Officiellement, les groupes en faveur du projet ont dépensé presque trois fois plus d’argent que les opposants. Ces chiffres pourraient ne pas donner un portrait complet, alors que le groupe Stop the Corridor mène une bataille juridique avec le commissaire afin de garder ses donateurs anonymes.  

Beaucoup de désinformation circule d’ailleurs dans cette campagne. Sur le terrain, nous avons entendu plus d’une fois qu’Hydro−Québec était présente dans le charbon et les énergies fossiles. La société d’État détient une vingtaine de «petites» centrales thermiques pour desservir les régions éloignées du Grand Nord. Ces centrales ne sont pas raccordées à son réseau, explique la porte−parole Lynn St−Laurent. La centrale au gaz de Bécancour, pour sa part, n’est utilisée que durant les périodes de pointe. «J’ai l’ai entendu aussi que nous étions présents dans le charbon, et je ne sais pas d’où ça vient.»

Pour sa part, le plus important contributeur financier de l’opposition, NextEra, a été présenté comme une «grande pétrolière» s’opposant à l’hydroélectricité. En fait, l’entreprise est l’un des plus importants producteurs d’énergie éolienne et solaire. Sa centrale thermique au Maine ne fonctionne que rarement, durant les périodes d’appoint. La ligne d’Hydro−Québec viendrait toutefois concurrencer sa centrale nucléaire au New Hampshire, avec une électricité moins coûteuse. L’entreprise de Floride a dépensé plus de 20 millions $ US pour inciter les électeurs à bloquer son concurrent québécois. Les producteurs d’électricité Calpine et Vistra tentent aussi de nuire au projet et ont dépensé 2,7 millions $ US et 2,8 millions $ US, respectivement. 

Opposé au projet, Richard Bennett, un sénateur républicain, déplore les arguments «absurdes» mis de l’avant par le groupe Mainers for Fair Laws, qui mise sur la crainte des électeurs conservateurs d’un gouvernement omnipotent. Le groupe, financé indirectement à hauteur de 11,9 millions $ US par CMP, a affirmé qu’un vote contre le projet ouvrirait une brèche légale permettant aux élus de retirer les armes à feu des mains de leurs propriétaires. Une interprétation rejetée par plusieurs juristes indépendants. « C’est une insulte à l’intelligence des citoyens, s’insurge le sénateur. Les arguments les plus farfelus circulent en cette fin de campagne. »

La porte−parole du groupe n’a pas retourné notre appel. Précisons qu’Hydro−Québec n’y a pas contribué financièrement.

Les 21,9 millions $ US dépensés par Hydro−Québec dérangent le sénateur. Avec ses collègues du Sénat et de la Chambre des représentants, M. Bennett a voté majoritairement en faveur d’une loi interdisant aux entités étrangères, comme Hydro−Québec, de financer une campagne électorale au Maine. La gouverneure démocrate Janet Mills y a opposé son veto en juin dernier, affirmant qu’elle pourrait empêcher des entreprises locales ayant des actionnaires étrangers de participer au processus démocratique. 

Hydro−Québec considère que ses dépenses faites en toute légalité sont justifiées pour expliquer les mérites du projet. «On fait une campagne d’information en raison de la désinformation outrancière qui circule sur notre énergie et le projet, explique Mme St−Laurent. C’est sûr qu’on va défendre la qualité propre de notre énergie.»

Stéphane Rolland, La Presse Canadienne

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