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Un Torontois n’a plus de trace de VIH après une greffe de moelle osseuse

durée 12h32
26 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — Un Torontois vivant avec le VIH depuis 27 ans est en rémission – et pourrait être guéri, selon ses médecins – après avoir reçu une greffe de moelle osseuse provenant d'un donneur naturellement résistant au virus.

S'il reste en rémission pendant environ 2 ans et demi, cet homme de 36 ans rejoindra les 10 personnes dans le monde actuellement considérées comme étant guéries du VIH.

Cet Ontarien a reçu un diagnostic de leucémie agressive en novembre 2021 et avait besoin d’une greffe de moelle osseuse. Son équipe médicale, composée de cliniciens du Réseau universitaire de santé, d’Unity Health Toronto et de l’Université de Toronto, affirme avoir vu là une occasion de guérir son VIH en même temps.

Cet exploit avait été accompli pour la première fois à Berlin en 2007, en trouvant un donneur compatible présentant une mutation génétique résistante au virus.

«Nous sommes assez optimistes que le virus a disparu, mais il nous est difficile de dire avec une certitude absolue pour l’instant qu’il est guéri», a déclaré la Dre Sharon Walmsley, directrice de la clinique VIH de l’Hôpital général de Toronto.

La Dre Walmsley, qui suit ce patient depuis qu’il a été diagnostiqué séropositif et atteint d’un lymphome agressif en 1999, a affirmé que sa survie à l’époque tenait du miracle.

Il aurait été inconcevable de penser que, moins de trois décennies plus tard, il serait en «rémission durable» avec un VIH indétectable depuis près d’un an, a-t-elle ajouté.

«C'est vraiment un parcours incroyable!»

En juillet 2020, la Dre Walmsley a remarqué que les prises de sang du patient étaient anormales lorsqu’il s’est présenté pour un examen de routine.

«Je savais que quelque chose n’allait pas», a-t-elle déclaré. Elle l’a donc envoyé au Centre de cancérologie Princess Margaret, où un oncologue a diagnostiqué une leucémie myéloïde aiguë et a déterminé qu’il avait besoin d’une greffe de moelle osseuse.

La recherche du donneur de moelle osseuse le plus compatible a alors commencé. Le donneur idéal devait également présenter une mutation du gène CCR5 conférant une résistance au VIH.

Le CCR5 est une protéine à la surface d’une cellule immunitaire qui agit comme la porte par laquelle le VIH pénètre pour infecter l’organisme, mais environ 1 % de la population, principalement d’origine nord-européenne, présente une déficience de ce gène.

Cela signifie qu’il n’y a pas de porte par laquelle le virus peut entrer, «et donc le virus ne peut pas pénétrer dans les cellules», a expliqué le Dr Mario Ostrowski, clinicien-chercheur à l’hôpital St. Michael ayant codirigé le dossier avec la Dre Walmsley. Les nouvelles cellules du donneur pourraient également attaquer et éliminer le réservoir de cellules infectées par le virus.

En mars 2021, la greffe a eu lieu au Centre de cancérologie Princess Margaret. Le patient a ensuite présenté plusieurs complications, telles qu’une pneumonie, ce qui n’est pas inhabituel après une transformation aussi importante du système immunitaire.

Le Dr Ostrowski a prélevé des échantillons de cellules du patient pour évaluer si le virus était en train de disparaître. Une fois le VIH indétectable, le patient cliniquement stable et sa leucémie en rémission, l’équipe médicale a arrêté son traitement anti-VIH (TAR) en juillet 2025 pour la première fois en près de trois décennies.

Les greffes sont trop risquées sur le plan médical, trop compliquées et trop coûteuses pour être utilisées comme traitement standard contre le VIH, mais le Dr Ostrowski a indiqué que les cliniciens peuvent tirer de ces patients des indices sur la manière d’éliminer le virus.

Il existe également des mesures qui peuvent être prises plus tôt, comme la mise en place d’un programme de greffe standardisé à l’échelle du Canada permettant d’identifier des donneurs compatibles pour les patients séropositifs.

Hannah Alberga, La Presse Canadienne