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Un juge estime qu'une peine de trois mois pourrait banaliser l'incitation à la haine

durée 15h15
12 juillet 2023
La Presse Canadienne, 2023
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2023

MONTRÉAL — Une peine d’emprisonnement de seulement trois mois pour un homme reconnu coupable d’avoir fomenté la haine contre les juifs pourrait banaliser le crime, a déclaré mercredi un juge de la Cour du Québec en remettant en question la recommandation de la Couronne en matière de détermination de la peine. 

Le juge Manlio Del Negro a dit qu’il craignait que la peine de trois mois suivie d’une probation recommandée par la poursuite et la défense ne reflète pas la gravité du crime commis par Gabriel Sohier Chaput, qui a été l’un des principaux rédacteurs d’un site Web néonazi. 

«Avec tout le respect que je vous dois, la peine que vous proposez banalise le crime», a déclaré le juge Del Negro aux deux avocats dans une salle d’audience de Montréal. 

Il a demandé à plusieurs reprises pourquoi le procureur Patrick Lafrenière — qui a reconnu que le crime était grave — avait recommandé une peine inférieure à celles imposées dans des cas similaires.

Le juge a ensuite cité plusieurs affaires dans lesquelles des peines de six mois ou d’un an avaient été prononcées. 

Sohier Chaput a été reconnu coupable de promotion délibérée de la haine à la fin du mois de janvier, en lien avec un article qu’il avait écrit pour le site Web néonazi Daily Stormer. Sohier Chaput n’a été accusé de promouvoir la haine que pour ce seul article, alors qu’il a écrit plus de 800 articles pour le site.

L’avocat de la défense, Antonio Cabral, a déclaré que son client avait changé, qu’il n’était plus impliqué dans des activités néonazies en ligne et qu’il s’efforçait de s’améliorer.

Mais le juge Del Negro a mis en doute cette affirmation, mentionnant qu’un rapport présentenciel daté du 11 mai indiquait que les opinions de Sohier Chaput n’avaient pas changé.

L’agente de probation Gabrielle Boulanger-Dumont a écrit dans le rapport que lors de son entrevue avec Sohier Chaput, celui-ci a soutenu — comme il l’avait fait devant le tribunal — que les articles utilisaient l’humour et l’exagération et que ses lecteurs n’y verraient pas un appel à la haine.

Elle a ajouté qu’il prétendait que ces écrits avaient pour but de rendre le discours dominant dans la société moins polarisé, une affirmation qu’elle n’a pas jugée crédible, ajoutant qu’il ne semble pas avoir compris l’impact de ses actions et qu’il est convaincu que son discours était légitime.

Elle a écrit que les seuls regrets et pensées empathiques qu’il a exprimés sont dirigés vers ses proches, qui ont subi les conséquences directes de ses actes délinquants.

Elle a trouvé le manque d’émotion dans ses explications d’autant plus troublant qu’il décrit le plaisir qu’il éprouvait à écrire «des choses qu’on ne peut pas dire à cause de l’histoire».

Devant le tribunal, Sohier Chaput a présenté ses excuses à ceux qui ont été offensés par ses écrits. «Je suis maintenant quelqu’un de différent, a-t-il déclaré au tribunal. Je n’avais pas l’intention de blesser les gens.»

Mais le juge Del Negro a trouvé ces excuses «opportunistes» et s’est demandé pourquoi Sohier Chaput n’avait pas exprimé des sentiments similaires lorsqu’il a témoigné au cours de son procès. 

Le juge a déclaré qu’il prononcerait sa sentence le 22 septembre.

À l’extérieur de la salle d’audience, des groupes juifs ont salué la décision du juge d’envisager une peine plus sévère.

Eta Yudin, vice-présidente pour le Québec du Centre consultatif des relations juives et israéliennes, qui a témoigné lors de l’audience de détermination de la peine de l’effet de l’antisémitisme sur la communauté juive, a souligné qu’une peine sévère enverrait le message que l’antisémitisme n’est pas acceptable au Québec et au Canada. 

«C’était un crime, et cela continue d’être un crime, et il faut s’en occuper, a-t-elle déclaré. La leçon doit être que ce n’est pas quelque chose que l’on peut ignorer et dont on peut s’éloigner. La leçon doit être que la fomentation de la haine, l’incitation à la haine, la diffusion de la haine en ligne ont des conséquences réelles.»

Jacob Serebrin, La Presse Canadienne