Tuerie en Nouvelle-Écosse: de la confusion au sujet du leadership
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Par La Presse Canadienne, 2022
HALIFAX — Lorsqu'un homme déguisé en gendarme a commencé à tuer des gens dans le nord de la Nouvelle-Écosse il y a deux ans, il y a eu une confusion considérable quant à savoir qui était responsable de l'opération de la GRC, selon des documents récemment publiés.
L'enquête publique sur la tragédie a également entendu parler du «chaos dans les communications» qui s'est ensuivi les 18 et 19 avril 2020, lorsque 22 personnes ont été tuées dans la pire fusillade de masse de l'histoire canadienne moderne.
Dans un résumé des preuves sur les décisions de commandement de la GRC, publié mardi, il a été rappelé à l'enquête que la première indication de problème est survenue à 22 h 01, le 18 avril 2020. C'est alors que Jamie Blair, une résidante de la région rurale de Portapique, en Nouvelle-Écosse, a appelé le 911 pour signaler que son mari venait de se faire tirer dessus par un homme avec «un gros fusil».
Au moment où le tireur entrait chez elle par effraction, Mme Blair a rapporté juste avant d'être abattue que l'agresseur avait une voiture de police, mais qu'il n'était pas un policier.
À l'époque, le sergent-chef Brian Rehill était le gestionnaire de risques de la GRC à son centre de communications opérationnelles de Truro, en Nouvelle-Écosse. Conformément au protocole de la GRC, il a immédiatement pris le commandement.
Au cours des 30 minutes suivantes, alors que des informations faisaient état d'autres fusillades mortelles, Le sergent-chef Rehill a enclenché la structure de commandement des incidents critiques de la GRC et a demandé l'aide de quatre autres sergents d'état-major : Steve Halliday, Addie MacCallum, Al Carroll et Jeff West.
Le document de 130 pages comprend des extraits d'une entrevue avec le sergent Halliday, qui a clairement indiqué qu'il croyait être responsable de «l'opération globale» lorsqu'il est arrivé au détachement de la GRC à Bible Hill, en Nouvelle-Écosse, à 23h30.
Mais M. Halliday a déclaré à un enquêteur qu'il avait décidé de laisser à M. Rehill le contrôle des ressources en tant que «commandant d'incident ad hoc».
«J'ai décidé de laisser Brian dans ce rôle», a-t-il déclaré à un enquêteur.
Pendant ce temps, Al Carroll – commandant de district du comté de Colchester – disait aux agents que M. Rehill «avait le commandement» jusqu'à 23h45.
Dans une entrevue avec la commission l'année dernière, M. Rehill a déclaré qu'il avait compris qu'il serait le «commandant initial des incidents critiques» jusqu'à ce qu'un commandant formé – Jeff West – arrive plus tard dans la nuit.
Un autre agent de la GRC donnait par ailleurs des instructions cette nuit-là : le sergent Andy O'Brien, sous-officier des opérations du détachement de Bible Hill. Bien qu'il n'était pas en service et qu'il avait consommé quatre boissons alcoolisées, M. O'Brien a récupéré sa radio portable du détachement – avec l'aide de sa femme – et a lui aussi donné des directives aux enquêteurs.
La question de savoir qui était responsable de ces premières heures cruciales a été abordée dans un rapport antérieur sur la santé et la sécurité au travail, qui a révélé que la GRC avait enfreint le Code du travail fédéral en ne s'assurant pas que les employés avaient la supervision nécessaire.
Dans un rapport du 29 mars, l'enquêteuse Lorna MacMillan a déclaré que les agents des services généraux opéraient dans un «environnement de confusion quant à savoir qui avait le commandement et le contrôle de la situation».
Mme MacMillan a conclu que la formation des superviseurs «ne fournissait pas les compétences requises pour permettre aux superviseurs de gérer un incident critique en cours, tel qu'un tireur actif dans un grand environnement extérieur, rural (...)».
Tim Mills, le caporal de la GRC responsable de l'unité d'intervention tactique à l'époque, a témoigné lundi que lui et son équipe de 12 membres avaient reçu des instructions limitées alors qu'ils tentaient de retrouver le tueur le deuxième jour.
Roger Burrill, avocat principal chargé de l'enquête, a demandé à M. Mills : «Pendant que vous répondez et que l'agresseur est en mouvement, quelqu'un dirige-t-il vos lieux d'intervention ?»
«Non, non», a répondu le caporal Mills, qui a depuis pris sa retraite de la force.
Quant aux agents les plus expérimentés impliqués, le dernier document mentionne les surintendants Darren Campbell et Chris Leather. Mais peu de détails sont fournis, mis à part la confirmation que M. Campbell avait approuvé le déploiement d'un commandant des incidents critiques à 22h46, avant d'envoyer un courriel indiquant qu'il y avait eu «plusieurs coups tirés». Le document indique qu'il reste difficile de savoir qui a reçu le courriel.
À 23 h 08, M. Leather a envoyé un texto à M. Campbell indiquant qu'il était au courant d'un «double homicide et d'un tireur actif au nord de Truro». M. Campbell a répondu en confirmant qu'il avait approuvé un commandant d'incident critique, mais n'avait pas plus de détails à offrir.
À 1 h 19 le 19 avril 2020, le sergent d'état-major Jeff West a pris la relève en tant que commandant des incidents critiques à un poste de commandement à Great Village, en Nouvelle-Écosse, à environ 10 kilomètres à l'est de Portapique. Mais en raison du trafic intense sur les radios de la GRC, il n'a pu annoncer le changement que cinq minutes plus tard.
L'enquête a appris que la communication policière par radio bidirectionnelle avait été un gâchis pendant la majeure partie de l'enquête initiale, principalement parce que le système ne pouvait pas gérer le nombre d'appels entrants. Trent Milton, un membre de l'équipe d'intervention d'urgence qui a témoigné lundi, a déclaré qu'il y avait «le chaos dans les communications».
Interrogé par Robert Pineo, un avocat qui représente les familles de 14 victimes, l'agent de la GRC a déclaré: «Trop de gens essayaient d'intervenir à la radio, et cela semait la confusion.»
Et quand le sergent-chef Dan MacGillivray a pris la relève en tant que commandant des incidents critiques à 10 h 20 le 19 avril 2020, il n'a pu diffuser le changement de commandement qu'à 11 h 21, toujours à cause des ondes obstruées.
L'enquête a appris que le tireur, Gabriel Wortman, un technicien en prothèses dentaires âgé de 51 ans, a été abattu par deux agents juste avant 11 h 30, alors qu'il s'était arrêté à une station-service au nord d'Halifax pour faire le plein d'une voiture volée.
Michael MacDonald et Michael Tutton, La Presse Canadienne