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Sommet des «Five Eyes»: le directeur du SCRS prône la coopération dans la recherche

durée 14h15
17 octobre 2023
La Presse Canadienne, 2023
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Temps de lecture   :  

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Par La Presse Canadienne, 2023

OTTAWA — Le chef des services d'espionnage du Canada affirme que la meilleure façon de protéger les technologies de pointe contre des adversaires comme la Chine et la Russie est d'éduquer les chercheurs et les scientifiques sur les risques, et non de leur dire ce qu'ils devraient ou ne devraient pas faire.

Le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), David Vigneault, a déclaré mardi lors d'une conférence internationale que les représentants des plus grandes universités de recherche du Canada étaient réticents à discuter ouvertement des questions de sécurité lorsqu'il les a rencontrés il y a cinq ou six ans.

Selon M. Vigneault, la relation a évolué à un point tel que les établissements de recherche demandent maintenant au SCRS comment ils peuvent travailler ensemble.

M. Vigneault participe à un sommet à Palo Alto, en Californie, sur la promotion de la sécurité économique et de la sécurité publique avec ses homologues des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande.

Des représentants de l'alliance de sécurité «Five Eyes» se sont réunis à l'invitation du directeur de la police fédérale des États-Unis (FBI), Christopher Wray, aux côtés d'entrepreneurs, de responsables gouvernementaux et d'universitaires.

Le SCRS affirme que les menaces à l'innovation dans des domaines tels que l'intelligence artificielle et l'informatique quantique comprennent le vol de propriété intellectuelle, la coercition et le recours à des efforts de recherche collaboratifs et ouverts à des fins néfastes.

Lors d'une discussion du panel avec d'autres chefs du renseignement mardi, M. Vigneault a déclaré que le SCRS avertissait les institutions que certains partenariats chinois avec des chercheurs occidentaux sur les technologies de pointe visent à obtenir un savoir-faire utile à l'armée de Pékin.

Il a souligné que le Canada avait publié des lignes directrices sur la sécurité de la recherche visant à protéger les institutions et la propriété intellectuelle.

«Nous ne voulons pas dire aux gens ce qu'ils doivent faire ou ne pas faire, mais nous voulons leur donner le plus de clarté possible», a affirmé M. Vigneault.

Toutes les nations espionnent, recherchent des secrets et tentent d'obtenir un avantage stratégique, mais le comportement de la Chine va bien au-delà de l'espionnage traditionnel, a soutenu Mike Burgess de l'Organisation australienne du renseignement de sécurité.

«Les Chinois, et c'est tout à leur honneur, savent très clairement où ils veulent innover et ce dont ils ont besoin dans leur propre intérêt souverain national, ce qui est très bien et tout à fait approprié», a déclaré M. Burgess.

«Le problème, c'est qu'ils se livrent à un vol massif de propriété intellectuelle et à l'acquisition d'expertise, par des moyens qui exploitent notre ADN ouvert et collaboratif.»

Les partenaires du groupe «Five Eyes» ont publié mardi des principes directeurs à l'intention des chercheurs, les exhortant à être conscients des menaces et à prendre des mesures pour sécuriser leurs environnements commerciaux, leurs produits, leurs partenariats et leurs plans d'expansion.

Le directeur général du MI5 britannique, Ken McCallum, a affirmé qu'il «serait fou de la part de chacun d'entre eux d'essayer de mettre un terme à l'ouverture fondamentale» des universités.

«Mais vous ne voulez probablement pas qu'un doctorant en robotique avancée soit parrainé par l'Armée populaire de libération (chinoise) dans votre université», a expliqué M. McCallum.

«Il ne s'agit donc pas de changer la tendance générale en faveur d'une collaboration ouverte, d'une recherche conjointe, de ce genre d'attitude expéditionnaire que le monde universitaire doit à juste titre valoriser, mais il s'agit d'avoir les yeux ouverts sur les formes de risques les plus flagrants.»

M. Vigneault a rappelé «une discussion très difficile avec un chef d'entreprise au Canada» au cours de laquelle le SCRS a partagé des renseignements sur les composants du système de guidage utilisés dans les drones russes pour tuer des Ukrainiens.

«Un exemple concret comme celui-là peut être très utile», a-t-il fait valoir.

Après leur table ronde, les dirigeants du renseignement devaient s'asseoir avec des personnalités du monde des affaires pour discuter de l'expansion et du renforcement des partenariats public-privé afin de mieux protéger l'innovation et la sécurité des pays du groupe «Five Eyes» et de leurs citoyens.

Jim Bronskill, La Presse Canadienne