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Poste de secrétaire générale à l'OIF: Juliana Amato Lumumba courtise le Québec

durée 02h05
27 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La course au secrétariat général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est lancée: une deuxième candidate est en mission diplomatique au Québec pour tenter d'y gagner des appuis.

Il s'agit de Juliana Amato Lumumba, de la République démocratique du Congo (RDC). Ancienne ministre de la Culture, elle est la fille de Patrice Lumumba, premier premier ministre de la RDC, héros de l'indépendance.

Elle rencontrera mardi les ministres québécois de la Culture et des Relations internationales, Mathieu Lacombe et Christopher Skeete, après avoir déjà rencontré à Ottawa la ministre fédérale Anita Anand.

En mars, la Rwandaise Louise Mushikiwabo — qui brigue un troisième mandat comme secrétaire générale — s'était déplacée à Québec pour présenter l'édition 2026 du rapport «La langue française dans le monde».

Elle avait alors rencontré M. Skeete et l'ancien premier ministre du Québec François Legault. Le troisième candidat dans la course est l'ancien premier ministre de la Roumanie Dacian Ciolos.

Ni Ottawa ni Québec n'a encore choisi le candidat qu'il appuiera.

Le secrétaire général de l'OIF représente les plus importants joueurs francophones de la planète et dispose d'un budget annuel d'environ 116 millions $.

Le Canada a versé 43 millions $ à l'OIF en 2025-2026, ce qui en fait le deuxième plus grand contributeur après la France.

Lumumba voit grand pour le Québec

En entrevue avec La Presse Canadienne dans un café montréalais, Mme Lumumba parle du Québec comme d'un état «clé» à qui elle confierait un rôle «stratégique».

Car le temps presse, selon elle: à l'ère numérique, la Francophonie doit se mobiliser, créer, produire et diffuser plus de contenu francophone, ou risquer le «grand effacement».

Juliana Lumumba dit souhaiter que le Québec, avec sa «capacité d'innovation numérique» et son «savoir-faire institutionnel», l'aide à faire de la Francophonie un «espace de production culturelle majeur».

«Je ne parle pas du Québec comme un simple partenaire; j'en parle comme un coarchitecte majeur de cette vision-là que j'ai», déclare la candidate, pour qui le Québec est un modèle de «résilience».

«Le Québec a démontré qu'une culture francophone peut être économiquement viable, artistiquement influente, technologiquement moderne et mondialement visible», souligne-t-elle.

«Ce n'est pas de la flagornerie; je dis ce qui est. Pourquoi ne pas prendre exemple sur le Québec?»

Par ailleurs, Mme Lumumba affirme qu'elle maintiendrait la Québécoise Caroline St-Hilaire dans ses fonctions d'administratrice, donc de numéro deux, de l'OIF.

«Si j'ai la possibilité de la garder, je la garderai avec plaisir, assure-t-elle. Le Québec a toujours été connu comme une gouvernance institutionnelle correcte et cadrée.»

Concernant la gouvernance, justement, la Congolaise est catégorique: il faut plus d'«efficacité» à l'OIF, des «audits de performance», ainsi que des «indicateurs de résultats».

«L'OIF doit aussi être un espace de services. On doit être concrets. On doit savoir qu'est-ce qu'on vient faire là.»

«Je souhaiterais que l'OIF sorte de la routine internationale dans laquelle nous sommes, que ça ne soit pas seulement une question d'élites.

«Dans beaucoup de pays, quand vous parlez de la Francophonie, les jeunes (...) ne savent pas de quoi il s'agit, et c'est dommage.»

La politicienne de 71 ans reconnaît que son pays est en conflit avec le Rwanda de Louise Mushikiwabo, mais elle assure que sa candidature n'a rien à voir avec tout cela.

Le conflit pourrait-il nuire aux deux candidates, dans la mesure où les pays membres pourraient décider de se tourner vers un aspirant plus neutre?

«Je suis contre personne, ni contre un État, ni contre une personne, répond-elle. Je trouve dommage que l'on veuille instrumentaliser un conflit bilatéral pour le remettre dans la Francophonie.

«Je ne suis pas dans ce conflit. (...) Mme Mushikiwabo, (...) je respecte son mandat. (...) L'OIF, ce n'est pas le lieu d'affrontement.»

Juliana Lumumba affirme d'ailleurs être la mieux placée pour opérer un rapprochement avec des pays d'Afrique qui ont récemment quitté l'OIF, comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

«L'icône politique et diplomatique (des dirigeants de ces pays), c'est mon père», laisse-t-elle tomber.

L'élection du grand patron de l’OIF se tiendra à la fin-novembre à l'occasion du 50e Sommet de la Francophonie à Phnom Penh, au Cambodge.

Cette décision est traditionnellement prise par consensus, c'est-à-dire que l'on vise à obtenir l'accord général des pays membres, plutôt qu'une simple majorité.

Rappelons que le Canada, le Québec et le Nouveau-Brunswick sont tous les trois des membres à part entière de l'OIF. Le Manitoba est également intéressé à devenir membre.

Skeete voudra parler d'économie

«Je me réjouis de rencontrer Mme Lumumba et de discuter de sa vision pour la Francophonie», a affirmé M. Skeete dans une déclaration écrite envoyée à La Presse Canadienne.

«Ce sera l'occasion de réaffirmer nos deux priorités pour le Québec: la francophonie économique et la découvrabilité des contenus francophones.

«Nous souhaitons que la Francophonie institutionnelle se renouvelle et démontre sa pertinence pour les entreprises francophones.

«Je crois sincèrement que l'OIF a tout le potentiel pour devenir un véritable levier économique. Un véritable espace où le français ouvre des marchés et crée des opportunités», a-t-il renchéri.

Caroline Plante, La Presse Canadienne