Manitoba: des passionnés tentent de faire fonctionner une locomotive du XIXe siècle
Temps de lecture :
4 minutes
Par La Presse Canadienne, 2024
WINNIPEG — Une locomotive à vapeur fabriquée en 1882 et considérée comme la plus ancienne locomotive en activité au Canada a besoin de soins affectueux, et les bénévoles qui l'ont fait fonctionner sur un chemin de fer d'époque au nord de la capitale du Manitoba collectent des fonds pour la réparation.
La locomotive à vapeur n° 3, comme on l'appelle, n'est ni efficace, ni rapide, ni économe en énergie par rapport aux locomotives plus modernes. Pelleter du charbon dans un feu pour créer de la vapeur entraîne beaucoup de saleté, de bruit et une épaisse fumée noire. Mais pour des bénévoles comme Paul Newsome, un train propulsé à la vapeur ne ressemble à aucun autre.
«Une locomotive à vapeur est vivante, on la sent vivre. Elle fait du bruit, elle sent et elle réagit à ce que vous lui faites», explique M. Newsome, directeur général de la Vintage Locomotive Society, en entrevue dans l'atelier de réparation où la n° 3 repose, sa section avant ouverte, en attente de tubes de remplacement.
«Vous pouvez voir les résultats si vous allumez un mauvais... feu, la vapeur ne monte pas. (La locomotive) répond. Elle est presque humaine. Aussi stupide que cela puisse paraître, elle est presque humaine.»
M. Newsome, 73 ans, a contracté le virus lorsqu'il était jeune garçon. Son grand-père était cheminot au Canadien National (CN) et a pris sa retraite en 1954. Son grand-père l'a emmené lors de son voyage de retraite et il est devenu accro.
«Le simple fait de m'impliquer dans la locomotive à vapeur après que la vapeur eut cessé d'être utilisée sur le CN et le CP (Canadien Pacifique, NDLR) en 1960... c'était tout pour moi.»
La carrière de Paul Newsome était dans les relations de travail, mais sa passion pour les trains l'a amené à faire du bénévolat sur le chemin de fer d'époque. Depuis 1970, il a consacré temps et énergie à la Vintage Locomotive Society, qui avait acquis la numéro 3 à temps pour que le premier ministre de l'époque, Pierre Trudeau, s'y promène dans le cadre des célébrations du centenaire du Manitoba.
La locomotive n° 3 a été fabriquée en Écosse et livrée au Canadien Pacifique via les États-Unis, car la ligne traversant le Canada au nord du lac Supérieur n'était pas terminée. En 1918, la locomotive fut vendue à Winnipeg Hydro, qui la fit fonctionner jusqu'en 1961.
La Vintage Locomotive Society a acquis la locomotive en 1970 et l'a utilisée au cours des décennies suivantes pour emmener des passagers dans des promenades sur le thème de l'histoire au nord de Winnipeg sur sa voie ferrée, la Prairie Dog Central Railway.
Les visiteurs s'assoient dans des autocars du début du XXe siècle et ont un avant-goût de ce qu'était le voyage dans le paysage chauve des prairies avant les autoroutes. Les volontaires à bord du train peuvent faire face à un travail pénible. Pelleter du charbon peut être éreintant. M. Newsome s'est occupé du feu et d'autres tâches dans le train jusqu'en 2013, lorsque des problèmes de santé l'ont obligé à se calmer.
Les passagers sont emmenés une heure au nord jusqu'à Grosse Isle, où une autre organisation bénévole gère un petit village historique composé de bâtiments d'époque.
«Cela aide la jeune génération à se rapprocher un peu de la vie de ses grands-parents ou même de ses arrière-grands-parents, issus de communautés agricoles, à l'origine», fait savoir Donna Ridgeway, présidente du site patrimonial de Grosse Isle.
«Peu de gens ont l'opportunité d'aller dans une vieille maison où tout n'était pas pratique ou de voir à quoi ressemblait une école lorsque toutes les classes étaient réunies.»
La n°3 ne circule pas cette année. Une locomotive diesel a temporairement pris sa place.
La n°3 doit remplacer l’intégralité de son ensemble de 187 tubes métalliques – un entretien requis tous les 15 ans sur les machines à vapeur. Les tubes amènent les gaz chauffés par le feu de charbon vers la chaudière, où l'eau est chauffée pour créer de la vapeur. La vapeur crée une pression qui, via des pistons et des tiges, fait tourner les roues.
Les travaux de réparation devraient coûter au moins 150 000 $. Le budget de la Vintage Locomotive Society a été durement touché pendant la pandémie de COVID-19, lorsqu'elle n'a pas pu fonctionner pendant deux ans. Le groupe a notamment créé une page GoFundMe dans l'espoir de récolter les fonds nécessaires.
«Jusqu'à présent, tout se passe bien, mais nous avons encore du chemin à parcourir», a commenté Paul Newsome.
Steve Lambert, La Presse Canadienne