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LGBTQ+: la France pointe la Russie du doigt et demande l'aide du Canada et du Québec

durée 03h20
9 octobre 2023
La Presse Canadienne, 2023
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6 minutes

Par La Presse Canadienne, 2023

OTTAWA — L'ambassadeur de France pour les droits LGBTQ+ affirme que la Russie contribue à susciter une réaction mondiale contre les minorités de genre et sexuelles et à son avis, les pays francophones devraient travailler ensemble pour contrer la polarisation croissante.

«Les sujets LGBT sont parmi les plus conflictuels, les plus inflammables dans les relations internationales», a déclaré Jean-Marc Berthon lors d'une entrevue accordée lors de sa récente visite au Canada. Il s’est également dit surpris par les manifestations canadiennes qu’il qualifie d’anti-LGBTQ+ dont il a été témoin à la fin du mois dernier.

Il y a près d'un an, le gouvernement du président français Emmanuel Macron a nommé Jean-Marc Berthon ambassadeur chargé de faire progresser les droits LGBTQ+, à la fois par le biais de la sensibilisation publique et du travail au sein de la diplomatie et de la fonction publique française. M. Berthon conseille les ambassades de France sur la manière de soutenir politiquement et financièrement les groupes de défense LGBTQ+ locaux. Ces missions à l’étranger l’aident à suivre les avancées et les reculs en matière de droits de l’homme.

M. Berthon signale que son bureau avait également travaillé avec des bureaucrates à Paris pour aider les militants LGBTQ+ menacés à obtenir des visas, afin qu'ils puissent atteindre la France et demander l'asile. Des rôles similaires existent aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Italie et en Argentine, et le gouvernement canadien de créer un tel poste pour le Canada.

M. Berthon veut «renverser cette offense à l'humanité que constitue la criminalisation de l'homosexualité». Cela signifie faire pression en faveur du changement dans les quelque 65 pays où les relations homosexuelles sont punies par des amendes, des châtiments corporels, des travaux forcés ou l'exécution. Cela signifie également dénoncer une soixantaine de pays qui «restreignent considérablement» les libertés d’expression et de réunion des minorités de genre et sexuelles.

«Nous devons mettre un terme à cela le plus tôt possible», a-t-il affirmé. Il a noté des progrès récents dans des pays allant de la Barbade et du Botswana à Singapour et au Sri Lanka. "Chaque fois qu'il existe un environnement favorable, dans les pays progressistes voisins, il peut y avoir un effet de contagion", selon lui.

Certains pays reconnaissent légalement pour la première fois la parentalité et le mariage homosexuels et éliminent les obstacles qui empêchent les personnes transgenres d'accéder aux soins tout en réprimant la violence contre les membres de la communauté LGBTQ+.

«Certains pays progressent très, très rapidement. Mais on voit aussi des pays qui se radicalisent sur le sujet des questions LGBT, qui renforcent la répression contre les personnes LGBT.''

D’après Jean-Marc Berthon, la Russie nuit particulièrement aux personnes LGBTQ+ dans le monde entier. Moscou a justifié ses invasions de l’Ukraine en 2014 et 2022 en partie par l’affirmation selon laquelle les pays occidentaux chercheraient à saper les valeurs traditionnelles en accordant plus d’espace aux minorités sexuelles et de genre, les liant à la pédophilie.

En Russie, les groupes paramilitaires opèrent en toute impunité lorsqu’ils attirent les personnes LGBTQ+ à de prétendus rendez-vous, dans le seul but de les agresser et de leur faire honte devant la caméra. En juillet dernier, la Russie a interdit certaines opérations chirurgicales de transition de genre, et les interdictions de longue date de la soi-disant «propagande homosexuelle» sont reproduites dans des pays comme le Kirghizistan.

"Nous devons être extrêmement vigilants sur ce qui se passe en Russie", a insisté Jean-Marc Berthon. «La Russie essaie de diffuser partout son discours anti-LGBT. Elle tente également de diffuser ses outils répressifs».

Il s’est dit particulièrement préoccupé par le fait que les ambassades russes s’associent à des groupes évangéliques basés aux États-Unis pour faire pression sur les législateurs afin qu’ils adoptent une législation qui criminalise les personnes LGBTQ+ et pour encourager les influenceurs des médias sociaux à diffuser une rhétorique haineuse.

«C'est documenté, c'est connu», a-t-il précisé. «Nous avons une sorte d'alliance hybride entre l'État russe et certains acteurs très conservateurs de la société civile nord-américaine. Cela conduit à une impasse aux tables diplomatiques, où deux camps diamétralement opposés et presque irréconciliables finissent par prendre en otage les personnes LGBTQ+ au lieu de faire progresser les droits humains. Ce sujet est devenu une sorte de point de cristallisation, dans les positions entre les démocraties et les régimes autoritaires conservateurs".

Parmi les pays francophones, le problème est plus aigu en Afrique, en particulier lors des campagnes électorales au cours desquelles les personnes LGBTQ+ deviennent des boucs émissaires pour détourner l'attention des problèmes plus urgents.

En juin dernier, le gouvernement du Cameroun a empêché Jean-Marc Berthon de lui rendre visite, malgré son statut diplomatique, arguant que son rôle était en contradiction avec les lois interdisant l'homosexualité. La solution, selon M. Berthon, consiste à donner discrètement du pouvoir aux activistes locaux.

Mais il a noté que les militants des pays francophones ne disposent pas des mêmes ressources et financements que ceux des pays anglophones. «Le Canada, la France et le Québec doivent travailler à briser cet isolement des personnes qui défendent les droits des personnes LGBT dans la francophonie.»

Jean-Marc Berthon a soulevé cette question lors d'une visite au groupe Égides, basé à Montréal, une alliance mondiale d'organisations LGBTQ+ principalement francophones qui bénéficie du soutien des gouvernements du Québec et de la France. Il a soutenu que ce type de collaboration montre comment le Canada, le Québec et la France peuvent s'inspirer mutuellement dans la défense des minorités à l'étranger, tout en faisant également le point sur les droits civils dans leurs propres juridictions.

Il a souligné que la France était toujours aux prises avec l'homophobie, soulignant le tollé national qui a suivi le suicide d'un garçon de 13 ans en janvier après avoir été victime d'intimidation parce qu'il s'était identifié comme gai.

À Ottawa, Jean-Marc Berthon a rencontré le caucus multipartite de la fierté canadienne composé de députés et de sénateurs, ainsi que la ministre des Femmes et de l’Égalité des genres et de la Jeunesse, Marci Ien, le secrétaire parlementaire, le député Rob Oliphant, et une série de responsables d'Affaires mondiales Canada axés sur les droits de la personne dans diverses régions du pays. monde.

Lors de sa venue à Québec, il a visité une exposition au Musée de la civilisation axée sur l'identité de genre, au cours de laquelle une manifestation a eu lieu à l'extérieur. Celle-ci faisait partie de manifestations à l'échelle nationale contre ce que les participants décrivent comme une «idéologie du genre», ou des mesures prises par les écoles pour promouvoir un environnement plus inclusif pour les étudiants LGBTQ+.

Alors que les organisateurs ont insisté sur le fait qu'ils voulaient exprimer leurs préoccupations concernant les droits parentaux, ou la capacité des parents à avoir leur mot à dire dans les décisions prises par leurs enfants et par les écoles, de nombreux manifestants sont allés plus loin que cela. Lors d'une manifestation à Calgary, un enfant a crié dans un microphone que les gais sont des psychopathes et dégoûtants.

«Nous avons été surpris par ces protestations. Vous, les Canadiens, avez été surpris", a déclaré Jean-Marc Berthon, ajoutant qu'il était heureux que tant de responsables aient condamné les manifestations qui "étaient allées très loin".

Des provinces canadiennes, dont le Nouveau-Brunswick et la Saskatchewan, introduisent des politiques qui obligeraient les enseignants à obtenir le consentement des parents lorsque les élèves souhaitent utiliser des noms ou des pronoms différents, même si les élèves ne se sentent pas en sécurité pour discuter de la question avec leurs parents. 

M. Berthon a noté que certains États américains semblent également imiter la Hongrie et la Pologne en restreignant les mentions des personnes LGBTQ+ dans les écoles. "C'est très, très inquiétant et cela montre que la polarisation dont je parle existe également au sein de nos grandes démocraties".

Dylan Robertson, La Presse Canadienne