Les Québécois décrits comme «antimusulmans»: Trudeau appuie Elghawaby «à 100 %»
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Par La Presse Canadienne, 2023
OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau persiste et signe. Il a réitéré mardi son appui à la nomination d'Amira Elghawaby comme conseillère spéciale chargée de la lutte contre l'islamophobie, et ce, malgré que de nouveaux propos sur la préoccupation des Québécois pour la «pureté du sang» aient refait surface quelques heures plus tôt.
«J'appuie à 100% madame Elghawaby», a-t-il déclaré à son arrivée à la réunion hebdomadaire du conseil des ministres, à Ottawa, au lendemain de la demande du gouvernement du Québec de la congédier après qu'elle ne se soit pas excusée pour avoir dépeint les Québécois comme «antimusulmans».
Selon M. Trudeau, Amira Elghawaby a démontré au fil des ans «une sensibilité, une ouverture et une rigueur dont on a besoin maintenant».
«Je comprends que faire face à l'islamophobie, ça va exiger des conversations importantes et parfois difficiles, mais on a besoin de quelqu'un qui s'y connaît, qui est ancré à fond, et je sais que c'est la bonne personne», a-t-il poursuivi.
La pureté
Une série de propos tenus par Mme Elghawaby ont refait surface lundi soir sur les réseaux sociaux. En 2013, elle estimait dans un texte publié dans le Toronto Star que les propos du philosophe John Ralston Saul quant à «la peur de perdre la pureté - la pureté du sang, la pureté de la race, la pureté des traits nationaux, des valeurs et des liens» pourraient s'appliquer aux Québécois.
Quelques années plus tard, en 2019, elle écrivait dans le Globe and Mail que «l'approche du Québec considère plutôt les immigrants potentiels avec suspicion, imposant un fardeau inversé pour prouver qu'ils ne viennent pas avec des attitudes en contradiction avec le caractère imaginaire et supérieur de la province».
Et en juin dernier, lors d'une réunion d'un comité sénatorial qui se penchait sur l'islamophobie, elle a soutenu en parlant du projet de loi 21 que les Québécois font «une fixation» sur les minorités religieuses, ce qui «crée l’idée que quelque chose ne va pas avec les femmes qui, comme moi, portent le foulard, et que nous méritons presque d’être attaquées et de faire l’objet de discrimination, que ce soit par le harcèlement, les attaques et autres».
Rodriguez toujours blessé
Plusieurs ministres libéraux du Québec ont été interrogés sur la nomination controversée, à commencer par le lieutenant de Justin Trudeau pour le Québec, Pablo Rodriguez, qui s'était dit dans les derniers jours «blessé et choqué» par les propos de Mme Elghawaby.
«Je le suis encore d'ailleurs», a-t-il dit mardi, en réitérant être «profondément blessé». M. Rodriguez a révélé avoir demandé la semaine dernière une rencontre avec la principale intéressée, étant «prêt à discuter», et que cela aura lieu «dans les prochains jours».
Le ministre de la Justice, David Lametti, a refusé de dire s'il est à l'aise avec la nomination, affirmant plutôt qu'il n'est «pas à l'aise avec les commentaires originaux» et qu'il ne «partage pas cette opinion».
«C'est à elle de clarifier ce qu'elle a dit, a-t-il ajouté. Le Québec n'est pas islamophobe. Ça, c'est clair pour moi. (...) On va voir ce qu'elle a à dire.»
La ministre des Sports, Pascale St-Onge, a pour sa part affirmé que «tout le monde est unanime que les propos tenus par le passé manquaient de nuances et que des précisions devaient être apportées».
Quant au ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos, il a carrément contourné une question quant à son appui à la nomination, préférant répondre que les Québécois sont «parmi les Canadiens les plus sensibles» aux enjeux d'inclusion.
Michel Saba, La Presse Canadienne