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Les pannes prolongées montrent un manque de préparation du Québec, selon un expert

durée 13h03
28 décembre 2022
La Presse Canadienne, 2022
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2022

MONTRÉAL — Les longues pannes qui ont laissé certains ménages québécois sans électricité pendant des jours révèlent le manque de préparation du Québec pour la transition énergétique à venir, selon un expert.

La province doit améliorer ses infrastructures et sa planification d'urgence, alors que la société québécoise remplace de plus en plus les combustibles fossiles par l'électricité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, a soutenu Normand Mousseau, directeur scientifique de l'Institut de l'énergie Trottier de Polytechnique Montréal.

La situation actuelle «montre à quel point on reste fragiles et qu'on n'est pas préparés», a-t-il affirmé en entrevue à La Presse Canadienne.

M. Mousseau, qui est également professeur de physique à l'Université de Montréal, a ajouté que l'impact des pannes ne fera que s'aggraver à mesure que l'électrification du Québec s'accentuera.

«Les gens allaient dans leur voiture pour se réchauffer pendant la nuit ou pendant quelques heures, mais quand nous aurons tous des voitures électriques, nous ne pourrons plus faire cela», a-t-il fait valoir.

Hydro-Québec maintenait mardi que la très grande majorité de ses clients privés d'électricité depuis le passage de la tempête de vendredi dernier seraient de nouveau alimentés avant jeudi.

Tout de même, la société d'État rapportait mercredi que vers 17h00, plus de 10 000 de ses abonnés n'avaient pas encore retrouvé le courant. La région la plus durement affectée reste la Capitale-Nationale, suivie des Laurentides, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord et de la Mauricie.

Mardi, un porte-parole d'Hydro-Québec, Cendrix Bouchard, expliquait qu'environ la moitié des interruptions affectaient dix clients ou moins.

«C'est donc dire que chaque fois que l'on pose une action, on rétablit le service à moins de clients ces derniers jours. C'est pourquoi on voit les chiffres diminuer, mais moins rapidement qu'au cours des deux ou trois dernières journées», a-t-il affirmé.

Enfouir les fils

Normand Trottier estime que la société d'État devrait envisager un programme pour enfouir graduellement ses lignes électriques aériennes, lorsqu'il est logique de le faire.

La province devrait également élaborer un «vrai plan de résilience» qui pourrait inclure l'installation de batteries puissantes dans certaines zones pour maintenir un peu d'électricité lorsqu'il y a des pannes, a-t-il indiqué.

Un rapport de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, publié en décembre, a révélé que le service d'Hydro-Québec était devenu moins fiable. Elle a aussi noté que la société d'État «n’est pas outillée adéquatement pour faire face au défi grandissant du vieillissement de ses actifs».

Le rapport a exposé que la durée moyenne des pannes avait augmenté de 63 % entre 2012 et 2021, lorsque les événements météorologiques majeurs étaient exclus.

Un plan de 800 millions $ lancé en 2020 pour réduire le nombre d'interruptions de service n'a été que partiellement réalisé, selon la vérificatrice générale.

La PDG d'Hydro-Québec, Sophie Brochu, a soutenu lundi en point de presse que ce sont des conditions météorologiques extrêmes — et non des faiblesses du réseau — qui ont causé la perte d'électricité de centaines de milliers de Québécois au plus fort de la tempête qui a commencé dans la province le 23 décembre.

«Mettez n'importe quel équipement devant un vent de 120 km/h et on serait exactement dans la même situation», a-t-elle déclaré.

Hydro-Québec a également lancé un programme pour rattraper des années de retard d'entretien des infrastructures, notamment dans la coupe d'arbres et d'autres végétaux à proximité des lignes.

Le rapport de la vérificatrice générale montrait clairement qu'Hydro-Québec avait sous-investi dans l'entretien de ses équipements, a souligné M. Mousseau.

Il croit que la société d'État a utilisé les coûts comme excuse pour résister à l'enfouissement des lignes électriques. Hydro-Québec devrait profiter de l'occasion pour enterrer les lignes au moment de travaux de réfection des routes, a-t-il ajouté.

Cependant, le gouvernement a aussi sa part de responsabilité, évoque le professeur. Québec ne dispose pas de stratégies globales d'atténuation et de gestion de crise qui protégeraient les citoyens lors des pannes.

De plus, le gouvernement provincial et les municipalités ont le devoir de mieux planifier l'aménagement du territoire pour réduire l'étalement urbain et ainsi garantir que les infrastructures électriques sont plus faciles d'accès pour les équipes, a-t-il déclaré.

Également, M. Mousseau avance que le ministère de la Sécurité publique pourrait élaborer un plan plus détaillé pour fournir de l'électricité et du chauffage de secours aux gens.

Selon lui, il appartient aux municipalités, au gouvernement et à Hydro-Québec de se concerter et d'élaborer une véritable stratégie pour s'assurer que les Québécois ne sont pas laissés dans le noir et le froid.

Morgan Lowrie, La Presse Canadienne