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Les incidents antisémites ont atteint un niveau record en 2025, selon B'nai Brith

durée 08h38
27 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — L'organisation juive B'nai Brith affirme que la haine et l'extrémisme sont en train de se banaliser au Canada, alors que son décompte annuel des incidents antisémites a atteint un nouveau record en 2025.

«Nous ne pouvons pas laisser l'antisémitisme se réduire à de simples statistiques auxquelles nous finissons par nous habituer. Les 6800 incidents enregistrés en 2025 ont eu un coût humain immense et tragique», a déclaré lundi Richard Robertson, responsable des affaires publiques du groupe, lors d'une conférence de presse à Ottawa.

Le rapport indique que ces 6800 incidents, contre 6219 en 2024, constituent le nombre le plus élevé enregistré depuis que B'nai Brith a commencé à collecter ces données en 1982. Ils comprenaient des actes de violence, de harcèlement et de vandalisme, bien que la plupart des incidents se sont produits en ligne.

L'organisation a constaté une augmentation des actes antisémites en Colombie-Britannique et en Ontario, et une diminution au Québec et en Alberta.

Parmi les incidents signalés figurent des actes de violence physique choquants, notamment l'agression d'un juif à Montréal, filmé en vidéo, où l’agresseur a jeté sa kippa dans une flaque d’eau.

«Une agression contre un homme juif dans un parc devant ses enfants n’est pas simplement une note de plus dans la liste des violences. C’est un incident qui crée un traumatisme générationnel et qui amène toute une partie de la société à se demander s’il est sûr de rester dans ce pays», a affirmé M. Robertson.

«Une personne juive victime de harcèlement n’est pas qu’une simple statistique. C’est une personne à qui l’on a dit qu’elle aurait dû être gazée avec ses ancêtres à Auschwitz. Une croix gammée dessinée dans une cour d’école n’est pas qu’un simple acte de vandalisme. C’est un acte diabolique de haine qui fait que les enfants juifs ont peur d’aller à l’école.»

Le rapport mentionne également des incidents qui ne répondent pas aux critères juridiques d’un crime haineux — comme le festival de la Fierté de Montréal, qui a exclu des groupes juifs par crainte de commentaires anti-palestiniens, une décision sur laquelle le festival est revenu à la suite d’appels de politiciens.

Le rapport indique que les incidents antisémites au Canada ont doublé depuis 2022.

Antisionisme

Cette augmentation fait suite à l'attaque menée en octobre 2023 par le Hamas en Israël, qui a poussé ce dernier à bombarder la bande de Gaza, provoquant des bouleversements politiques majeurs au Moyen-Orient, de l’Iran à la Syrie.

La campagne menée par Israël à Gaza a suscité une condamnation généralisée en raison du nombre élevé de victimes civiles. Israël a également été dénoncé pour la recrudescence de la violence des colons en Cisjordanie et pour une série de politiques s'attaquant aux droits des Palestiniens.

B'nai Brith affirme que la haine anti-juive se propage sous le couvert de l'antisionisme, que le groupe définit comme le fait de diaboliser ceux qui soutiennent l'existence d'un État juif au Moyen-Orient.

D'autres groupes — dont certains dirigés par des juifs critiques d'Israël — affirment plutôt que les critiques justifiées concernant la manière dont Israël traite les Palestiniens et les Arabes ont été à tort assimilées à de la haine anti-juive.

Des ministres israéliens ont exprimé des idées suprémacistes juives et appelé à des actions largement considérées comme un nettoyage ethnique. Le Parlement israélien a adopté une loi sur la peine de mort qu’Ottawa a qualifiée le mois dernier d’acte discriminatoire qui «déshumanise le peuple palestinien».

M. Robertson a fait valoir qu’il y avait une différence entre critiquer le gouvernement israélien et blâmer les Canadiens.

«Il est normal d’avoir des opinions politiques. Il est normal de contester la réponse d’un pays à certaines questions. Il n’est pas normal d’exposer une minorité de ce pays à des niveaux de haine sans précédent à cause des actions d’un gouvernement étranger», a-t-il soutenu.

Le groupe a également fait valoir que la haine en ligne est incontrôlée, les Canadiens juifs étant exposés à des menaces et à des images racistes qui pourraient contribuer à normaliser les attaques violentes.

«Nous avons cédé nos espaces numériques à des acteurs radicaux qui cherchent à inciter à la haine et à endoctriner les autres avec leurs idéologies extrémistes», a soutenu M. Robertson

Recommandations

Le groupe réclame une réglementation plus stricte des espaces numériques, une meilleure formation des forces de police pour identifier et contrer les incidents motivés par la haine, et l’interdiction des «événements qui incitent à la haine et à l’intimidation».

Le rapport a également demandé que trois branches étrangères des Frères musulmans soient inscrites sur la liste des organisations terroristes, sans toutefois suggérer que le groupe opère au Canada.

Le rapport publié lundi survient quelques jours après que le comité sénatorial des droits de la personne a appelé à davantage d’éducation, à une meilleure culture numérique et à la création d’un groupe de travail fédéral sur la haine afin de lutter contre la recrudescence des crimes haineux et des actes d’intimidation à l’encontre des Juifs.

Le comité a pris note des appels lancés par des groupes de la société civile pour éviter de restreindre la liberté d'expression tout en renforçant les mesures de lutte contre la haine anti-juive.

Il a appelé le gouvernement du premier ministre Mark Carney à rétablir le poste d’envoyé spécial contre l’antisémitisme, qui a été supprimé en février.

Les libéraux ont remplacé ce poste — ainsi que celui d’un autre envoyé spécial chargé de l’islamophobie — par un nouveau conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion.

Simon Wolle, directeur de B'nai Brith, a affirmé que ce changement supprimait un rôle de coordination chargé spécifiquement de la haine anti-juive.

«Nous avons un vide, un vide, une lacune. Les problèmes continuent de s'aggraver et il n'existe en réalité aucun mécanisme dans ce pays pour résoudre le problème», a-t-il déclaré lors d'une entrevue.

Il a ajouté qu'Ottawa proposait «davantage de discours sur une solution ou une alternative possible, mais très peu d'actions, très peu de précisions et très peu de compréhension» quant au mandat et au calendrier d'action du nouveau conseil consultatif.

Dylan Robertson, La Presse Canadienne