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Les conservateurs réclament qu'une ministre leur réponde en anglais

durée 06h25
30 novembre 2023
La Presse Canadienne, 2023
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Par La Presse Canadienne, 2023

OTTAWA — Les conservateurs ont soulevé un tollé, jeudi, en comité parlementaire lorsqu'une de leurs porte-parole a demandé à la ministre du Patrimoine canadien, Pascale St-Onge, de répondre aux questions en anglais.

«Je me rends bien compte que c'est entièrement votre choix, nous sommes un pays bilingue, mais, si c'est possible, j'aimerais que ça soit en français», a-t-elle déclaré la députée Rachael Thomas en entamant une seconde ronde de questions.

Mme Thomas venait d'expliquer avoir constaté que la ministre lui répondait systématiquement en français, mais qu'elle répondait en anglais lorsque les questions provenaient des libéraux.

La députée n'avait pas terminé sa phrase que les rappels au règlement fusaient dans la pièce. Il y avait «au moins cinq personnes qui criaient», a déclaré la présidente du comité du Patrimoine canadien, Hedy Fry, qui tentait péniblement de déterminer qui devait avoir la parole en premier.

«C'est insultant pour les Québécois présentement ce que j'entendais, pour les francophones», a lancé le porte-parole bloquiste en matière de Patrimoine, Martin Champoux.

Les membres du comité et les témoins peuvent s'exprimer dans la langue officielle de leur choix, a-t-il rappelé, ajoutant que le service d'interprétation est «extrêmement efficace» et qu'il l'utilise régulièrement.

La libérale ontarienne Lisa Hepfner a tenu des propos semblables. «Je ne pense pas qu'on peut lui demander de répondre dans une langue ou l'autre», a-t-elle dit en français.

Il est «offensant pour tout le monde» de «remettre en question le bilinguisme au pays», a renchéri le porte-parole néo-démocrate en matière de Patrimoine canadien, Peter Julian.

Mais la députée Thomas n'avait pas dit son dernier mot. Plutôt que de reprendre son interrogatoire, elle a choisi de réitérer sa demande. «Je suis simplement curieuse de savoir si vous seriez partante de répondre en anglais», a-t-elle dit.

Cela n'a fait que raviver l'indignation. Cette demande du Parti conservateur du Canada va «à l'encontre de tout ce sur quoi ce pays a été fondé», s'est désolé le libéral Michael Coteau.

«C'est simplement inacceptable, a-t-il ajouté. Il doit être noté que ça ne devrait jamais se produire en comité, ça ne devrait jamais arriver dans la Chambre des communes. C'est simplement quelque chose qui va à l'encontre de nos valeurs de base comme Canadiens.»

La présidente du comité a, à plusieurs reprises, confirmé que le rappel au règlement est valide et que la ministre peut s'exprimer dans la langue officielle de son choix.

Étant donné l'évolution de la discussion, le député Peter Julian du Nouveau Parti démocratique, a entrepris «d'éduquer» la députée.

«Pour avoir été élevé dans un environnement anglophone et avoir appris le français à l'école, il y a de nombreuses occasions où votre vocabulaire dans une langue vous permet de vous exprimer plus facilement dans cette langue et c'est le principe du bilinguisme officiel», a-t-il dit.

Selon lui, il est «absolument répréhensible» de «remettre en question» cette notion. «Je n'en reviens pas à quel point ce parti est rendu radical et extrême depuis que le député de Carleton (Pierre Poilievre) en a pris le contrôle», a-t-il soutenu.

Lorsque le témoignage a repris peu après, la ministre a expliqué, en français, qu'elle répond dans sa langue maternelle parce qu'elle a «beaucoup de respect pour les questions de ma collègue» et qu'elle souhaite être «certaine d'utiliser le bon vocabulaire», de répondre avec clarté et adéquatement.

La Loi constitutionnelle précise que le français et l'anglais sont les langues officielles du Canada, qu'ils ont un statut et des droits et privilèges égaux quant à leur usage dans les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada.

Michel Saba, La Presse Canadienne