Le ministère de la Défense réexamine des contrats avec Sinclair, liée à la Chine
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Par La Presse Canadienne, 2022
OTTAWA — Le ministère de la Défense nationale a indiqué jeudi qu'il examine plusieurs contrats octroyés à une entreprise ontarienne qui a des liens de propriété avec la Chine.
Cet examen a été annoncé après que Radio-Canada a révélé, mercredi, que Sinclair Technologies avait obtenu l'an dernier un autre contrat pour fournir à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) un système de filtrage des radiofréquences.
Radio-Canada a indiqué jeudi que la GRC avait maintenant suspendu ce contrat, citant le cabinet du ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino.
La société mère de Sinclair, Norsat International, appartient depuis 2017 à Hytera, une société de télécommunications dans laquelle le gouvernement chinois détient une participation de 10 %, par l'entremise d'un fonds d'investissement.
La technologie d'Hytera a été considérée en 2021 comme un risque pour la sécurité nationale aux États-Unis, et elle est depuis interdite d'utilisation dans les systèmes de sécurité et de surveillance dans ce pays.
Le ministère canadien de la Défense nationale affirme que Sinclair Technologies a décroché un certain nombre de contrats depuis une dizaine d'années, dont un l'année dernière pour la fourniture d'antennes.
Le ministre Mendicino a déclaré que le gouvernement fédéral examinait toutes ses relations d'affaires avec Sinclair, ainsi que la manière dont le contrat avait été attribué pour s'assurer que les contrôles de sécurité appropriés avaient été menés.
Sinclair Technologies, la GRC et le ministère des Services publics et de l'Approvisionnement n'ont pas répondu aux demandes de commentaires de La Presse Canadienne.
Radio-Canada a cité une déclaration de la GRC dans laquelle la police fédérale exprimait sa confiance dans la sécurité du système et rappelait que tout entrepreneur impliqué devait obtenir une habilitation de sécurité.
Sinclair Technologies a invoqué la confidentialité des clients en refusant de répondre aux questions de Radio-Canada. Le ministère de l'Approvisionnement, de son côté, a indiqué à Radio-Canada qu'il n'avait pas pris en compte les enjeux de sécurité et la propriété de Sinclair lors du processus d'appel d'offres.
«Pourquoi on n'a pas demandé au CST ?»
À la période de questions aux Communes, jeudi après-midi, le leader du Bloc québécois en Chambre, Alain Therrien, a demandé au premier ministre Justin Trudeau comment il pouvait expliquer que son gouvernement avait pu «donner à une compagnie appartenant au gouvernement chinois l'accès aux fréquences secrètes de la GRC».
«C'est un système de filtrage qui assure la confidentialité des communications du premier ministre et des chefs étrangers en visite au Canada, a soutenu M. Therrien, et personne n'a jugé nécessaire de faire des vérifications de sécurité.»
M. Trudeau a répondu que les yeux du gouvernement «sont toujours ouverts quand on parle des menaces supposées par des acteurs hostiles» et il a assuré que son gouvernement était «très préoccupé par l'histoire de ces contrats avec Sinclair Technologies».
Le député bloquiste est revenu à la charge en rappelant au premier ministre que le gouvernement fédéral disposait déjà d'un Centre de sécurité des télécommunications (CST). «Imaginez: personne au gouvernement n'a jugé bon de faire appel à l'expertise du CST», a dit le député de Laprairie.
Le premier ministre a répondu que son gouvernement avait demandé aux ministres et aux fonctionnaires de faire des suivis dans ces affaires.
Interrogée jeudi en mêlée de presse avant la période de questions, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a soutenu que ces contrats «n'auraient jamais dû être signés par la fonction publique, point».
«Ce que j'ai dit dans ma stratégie indo-pacifique [il y a dix jours], c'est qu'on devait s'assurer d'avoir une lentille liée à la sécurité nationale dans tout ce qu'on fait, particulièrement en matière de contrats et d'approvisionnement.»
La Presse Canadienne