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Le chef des Tsilhqot’in en Colombie-Britannique ne s'inquiète pas trop du glissement

durée 12h23
2 août 2024
La Presse Canadienne, 2024
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

WILLIAMS LAKE, B.C. — Un glissement de terrain bloque la rivière Chilcotin en Colombie-Britannique et il n'y a pas grand-chose à faire à part «s'asseoir et attendre», selon le chef Joe Alphonse de la Première nation Tsilhqot’in.

Le chef Alphonse s'est souvenu vendredi qu'un glissement de terrain qui avait endigué la rivière il y a vingt ans s'était déroulé en quatre jours environ. Il note que le glissement actuel est «beaucoup plus important que la dernière fois».

«Ce n'est pas vraiment quelque chose de nouveau pour nous, a-t-il affirmé. Nous ne pouvons pas y faire grand-chose».

M. Alphonse a ajouté qu'il ne servait pas à grand-chose de s'inquiéter de ce qui pourrait arriver, à part espérer que les gens ne s'approchent pas trop de l'eau, de peur qu'elle monte rapidement après que les débris se sont dissipés.

Il craint aussi qu'une montée de saumons, prévue à la fin de la semaine prochaine, ait déjà été affectée. «Cette montaison est désormais menacée et c'est très préoccupant pour nous».

«Nous devrions avoir une pêcherie en ce moment, s'est-il exclamé. Nous dépendons des montaisons de saumons pour vivre en bonne santé. C'est la principale source de nourriture de notre peuple».

Le glissement de terrain a endigué la rivière tôt mercredi, créant un tas de débris de 30 mètres de profondeur et de plus de 600 mètres de long. La rivière est un affluent du fleuve Fraser, où les saumons à destination du Chilcotin remontent le courant.

Importante accumulation d'eau

Un immense lac, long de plusieurs kilomètres, se trouve derrière le barrage de débris.

L'incertitude quant à la façon dont le glissement de terrain cédera est une préoccupation majeure pour le chef Willie Sellars de la bande indienne de Williams Lake,

M. Sellars survole le glissement en hélicoptère depuis deux jours. Il a prévenu que l'eau derrière les débris avait doublé de volume de mercredi à jeudi, et qu'elle continuait de croître.

«On va finir par arriver à ce point où l'eau commencera à dépasser le barrage de débris. Et, vous savez, ce qu'on retient de tous les experts dans leurs appels et leurs commentaires, c'est que personne ne sait vraiment ce qui va se passer».

Parmi les scénarios possibles, on retrouve la rupture du barrage d'un seul coup, l'écoulement de l'eau à travers celui-ci ou la possibilité que la rivière reprenne son cours en passant par-dessus les débris, a-t-il affirmé.

«Mais il y a cette immense étendue d'eau qui s'accumule de l'autre côté de ce glissement. Et c'est effrayant, a-t-il ajouté. Il est difficile de décrire avec des mots à quel point ce glissement est massif et dévastateur».

Le gouvernement de la Colombie-Britannique a publié jeudi soir un communiqué qui explique que les matériaux du glissement de terrain sont composés de sables, de limons et d'argiles, qui sont «susceptible de s'éroder rapidement».

Le document assure que le provincial surveille le site au sud de Williams Lake en continu avec l'aide de drones et d'hélicoptères.

«L'objectif est d'en apprendre le plus possible sur le moment et la manière dont l'eau est la plus susceptible d'être dispersée dans la rivière Chilcotin», peut-on y lire.

Le communiqué du gouvernement indique qu'il n'y a «aucun horaire prévu» pour le moment où l'eau pourrait déborder ou se frayer un chemin à travers les débris du glissement de terrain. Les autorités régionales ont annoncé qu'un tel événement pourrait être imminent.

Margo Wagner, présidente du district régional de Cariboo, a déclaré jeudi lors d'une conférence de presse qu'une percée l'eau pourrait être attendue d'ici un à deux jours.

De nombreux ordres d'évacuation

Les ordres d'évacuation s'étendent sur 107 kilomètres carrés le long de la rivière Chilcotin, les responsables affirment que le glissement pose un «danger immédiat pour la vie et la sécurité».

Le chef Sellars a rappelé que la rivière a «une importance culturelle considérable» pour toutes les Premières Nations de la région, il s'inquiète également des impacts en aval si le barrage éclate.

«En réalité, ce sont des centaines de communautés qui sont touchées et qui se trouvent le long du fleuve Fraser», a-t-il déclaré.

Le ministre de la Gestion des urgences de la Colombie-Britannique, Bowinn Ma, a prévenu jeudi que si le barrage se brise, il est possible que des dizaines d'ordres d'évacuation et d'alertes soient émis. Une vague d'eau descendrait alors la rivière Chilcotin pour se jeter dans le fleuve Fraser, qui se jette à son tour dans le détroit de Géorgie en Région métropolitaine de Vancouver.

M. Sellars a soutenu que sa communauté se trouve à environ 45 minutes du glissement, donc une évacuation de ne sera probablement pas nécessaire.

C'est un territoire «plein d'histoire, d'anciens villages, de lieux de sépulture, et nous devons nous assurer que nous faisons tout notre possible pour les documenter et les protéger», a-t-il affirmé.

Le gouvernement national Tsilhqot'in a publié jeudi une déclaration d'urgence locale et avertit la population de rester à l'écart de la rivière.

Le communiqué indique que le glissement s'est produit en amont de Nagwentled, également connu sous le nom de Farwell Canyon.

La base de données de toponymie géographique du gouvernement de la province indique qu'en Tsilhqot'in, le Nagwentled se traduit approximativement par «glissements de terrain à travers la rivière».

La Presse Canadienne