Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

La lutte pour obtenir des films indiens tourne à la violence

durée 07h42
31 mars 2024
La Presse Canadienne, 2024
durée

Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

MISSISSAUGA, Ont. — On dirait un mauvais polar.

À la fin du mois de janvier, des services de police en Ontario ont rapporté des coups de feu dans au moins quatre salles de cinéma de la région du Grand Toronto. Des vitres ont été fracassées, mais personne n'a été blessé. Point commun des salles: elles prévoyaient présenter «Malaikottai Vaaliban», une superproduction tournée en malayalam, une langue dravidienne parlée dans le sud de l'Inde.

Ce même jour, des séances de ce même film avaient aussi été annulées en Colombie-Britannique quelques heures avant la présentation. Cineplex avait pris cette décision «à cause de circonstances hors de [son] contrôle]» et offert de rembourser ceux qui avaient acheté un billet.

Ce mois-ci, la Police régionale de York a indiqué que l'enquête sur les coups de feu suivait son cours. Elle croit que les incidents impliquent le même suspect.

Ces incidents n'ont pas surpris Saleem Padinharkkara, qui distribue des films provenant du sud de l'Inde au Canada.

M. Padinharkkara a fondé la compagnie de distribution de film KW Talkies. Il soutient qu'il existe une campagne visant à empêcher que des films populaires tournés dans le sud de l'Inde soient présentés dans les grandes chaînes canadiennes comme Cineplex.

Il allègue qu'un groupe de distributeurs veut s'assurer que ces films soient uniquement présentés dans des petites salles indépendantes qui vendent les billets à un prix plus élevé. Ces distributeurs cherchent donc à s'assurer de réaliser un plus grand profit en contrôlant ce marché.

Par exemple, un billet dans un Cineplex coûte de 13$ à 16 $, mais les cinéphiles peuvent débourser jusqu'à 30 $ pour aller voir un film tourné en malayalam dans une salle indépendante.

«C'est comme un cartel», lance-t-il. 

M. Padinharkkara ajoute avoir reçu lui-même des menaces.

L'annulation des séances représente aussi une importante perte financière pour le distributeur.

«Il ne pourra récupérer son argent d'aucune façon. Et les films seront moins longtemps disponibles,»

L'Association des cinémas du Canada dit être au courant des incidents ayant touché certaines salles de ses membres. «C'est extrêmement frustrant que des activités criminelles aient empêché des salles de projeter des films en toute sûreté», a-t-elle fait savoir.

L'organisation dit avoir eu des rencontres productives avec le ministère fédéral de la Sécurité publique. «Nous collaborons étroitement avec les autorités locales et le gouvernement fédéral pour accroître la sensibilisation.»

Le ministère ne s'est pas exprimé sur les coups de feu.

Ellis Jacob, le président de Cineplex, avait reconnu en février que son entreprise avait subi des pertes financières à cause de ces coups de feu. Il demeurait déterminé à présenter une programmation internationale qui compte pour 10 % de ses recettes.

«Nous collaborons étroitement avec les autorités», a dit M. Jacob, ajoutant que la sûreté de son personnel et des cinéphiles était la première chose qui comptait.

L'intérêt pour les films provenant du sud de l'Inde a crû au Canada.

M. Padinharkkara indique qu'en 2010, les droits d'un film provenant de cette région coûtaient de 10 000 $ à 20 000$. Aujourd'hui, le prix peut grimper jusqu'à 200 000 $.

Fakiha Baig, La Presse Canadienne