Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

La GRC doit être plus transparente avec le public, selon la commissaire Lucki

durée 08h23
23 août 2022
La Presse Canadienne, 2022
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2022

HALIFAX — La plus haute dirigeante de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a déclaré à l'enquête publique sur la fusillade de masse de 2020 en Nouvelle-Écosse que le corps policier devait devenir une organisation plus transparente.

La commissaire Brenda Lucki témoigne mardi sur les circonstances entourant le massacre des 18 et 19 avril 2020 au cours duquel un homme armé conduisant une réplique de voiture de police a commis 22 meurtres en 13 heures.

La transcription de 131 pages de l'entretien de Mme Lucki le 4 août avec des avocats enquêteurs, rendue publique mardi, inclut ses regrets concernant une réunion du 28 août 2020 avec le personnel régional, neuf jours après les meurtres.

La commissaire Lucki avait réprimandé le personnel pour sa décision de ne pas divulguer des informations détaillées sur les armes semi-automatiques utilisées par le tueur.

Elle a nié à plusieurs reprises les allégations selon lesquelles elle voulait que ces détails soient connus en raison de la pression politique des libéraux fédéraux, qui travaillaient sur une législation concernant le contrôle des armes à feu.

Mme Lucki a dit que ses pressions pour lever le voile à propos des informations sur les armes du tueur étaient liées à son désir d'être plus transparente avec le public.

«Quand vous parlez de culture, notre culture est d'être moins transparent. Nous retenons les choses parce que nous le pouvons», a-t-elle affirmé aux avocats de l'enquête.

La commissaire Lucki a dit dans son entrevue qu'elle est allée trop loin en critiquant ses subordonnés épuisés, lors de l'appel du 28 août 2020. «Quand j'y pense avant d'aller au lit, honnêtement, je ne peux pas dormir», a-t-elle soutenu.

«Nous avons toujours pensé que parce que des choses faisaient l'objet d'une enquête, nous ne pouvions pas divulguer des choses. Ce n'est plus le cas. Il y a des choses qui peuvent être divulguées même dans le cadre d'une enquête. Nous devons simplement nous assurer que ce qui est divulgué ne fait pas compromettre (l'enquête)», a-t-elle fait valoir.

Un seul gazouillis

Les difficultés de la GRC à communiquer rapidement et franchement avec le public et les médias ont été révélées dans les témoignages d'agents et d'employés civils au cours de l'enquête.

La nuit où la fusillade de masse a commencé à Portapique, en Nouvelle-Écosse, la police n'a pas directement contacté les médias pour leur dire qu'une fusillade était en cours. La force policière a plutôt publié un seul message sur Twitter, le 18 avril 2020 à 23 h 32, qui qualifiait l'incident de «plainte liée aux armes à feu» — même si le personnel supervisant l'intervention savait qu'un tireur actif avait tué des gens et était en cavale.

Le sergent d'état-major de la GRC, Steve Halliday — qui aidait à superviser l'intervention le lendemain matin — a confirmé dans son témoignage qu'à 8 h du matin le 19 avril 2020, il avait décidé qu'une photo de la réplique de la voiture conduite par le tueur devait être publiée. 

Il a témoigné qu'il s'attendait à ce que cela se produise dans un «avenir immédiat». Cependant, la photo n'a été transmise publiquement qu'à 10 h 17, et pendant ce délai, au moins six décès sont survenus.

Mme Lucki a déclaré à la commission: «nous avons fait beaucoup de travail pour être plus transparents, en donnant à nos commandants plus de formation sur les médias, en leur donnant une formation afin qu'ils puissent être plus francs dans l'information au lieu de dire "Aucun commentaire" ou "Je ne peux pas en parler".»

«Nous devons être plus transparents avec le public canadien», a dit la commissaire Lucki aux avocats de la commission lors de son entrevue du 4 août.

Elle a mentionné pendant son entrevue qu'elle considérait la modernisation de la GRC comme un élément central de son mandat depuis sa nomination en 2018. Elle a cité des initiatives telles que l'introduction de cours sur le racisme systémique et la possibilité pour le personnel subalterne de lui envoyer directement des courriels critiques, dans le cadre d'un processus de «changement».

Cependant, Mme Lucki a également été interrogée sur les raisons pour lesquelles certaines recommandations d'études publiques antérieures sur la GRC n'ont pas été mises en œuvre, y compris une recommandation de 2021 du juge à la retraite de la Cour suprême du Canada, Michel Bastarache, selon laquelle les agents devraient avoir au moins deux ans de formation universitaire.

Mme Lucki a indiqué que le corps policier «examinait» cette recommandation, ajoutant que la police ne voulait pas exclure les recrues issues de métiers et de populations diverses qui n'auraient peut-être pas eu l'occasion de fréquenter l'université.

Selon elle, l'achat de nouveaux équipements, tels que des caméras portées sur le corps, s'est avéré être un processus plus lent que prévu. «Les caméras portées sur le corps, nous ne les avons pas encore déployées. Il y a tellement d'étapes», a fait valoir la commissaire lors de son entretien à l'enquête.

Lundi, l'enquête a publié un résumé d'une évaluation sur le bien-être du personnel, menée par un consultant et impliquant des cadres supérieurs de la GRC en Nouvelle-Écosse. 

Les responsables ont décrit les problèmes de financement à long terme comme un facteur sous-jacent dans la lutte pour répondre à la fusillade de masse. Les répondants au sondage ont également décrit un sentiment d'abandon par la direction générale après la fusillade.

Michael Tutton et Keith Doucette, La Presse Canadienne