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La GRC a un plan provisoire de réponse à l'enquête sur la fusillade en N.-É.

durée 18h15
23 janvier 2024
La Presse Canadienne, 2024
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

HALIFAX — Le chef de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en Nouvelle-Écosse a déclaré mardi qu'il avait vu un plan provisoire sur la façon dont la police répondra à l'enquête sur la fusillade de masse de 2020 qui a commencé à Portapique, en Nouvelle-Écosse, mais Dennis Daley n'a pas pu dire quand il sera publié.

La GRC avait annoncé que le plan serait rendu public d'ici la fin de l'année dernière, mais à l'expiration de ce délai, la police a publié il y a deux semaines une déclaration indiquant qu'elle travaillait toujours sur le document.

«Je ne veux faire aucune promesse parce que nous n'avons pas été en mesure de respecter le délai que nous nous étions imposé, a mentionné le commissaire adjoint dans une entrevue avec La Presse Canadienne. Cela représente un défi important pour nous, mais nous pensons qu'il n'est pas insurmontable.»

Christopher Schneider, professeur de sociologie à l'Université de Brandon au Manitoba, a déclaré qu'il semble que la GRC cherche à gagner du temps.

«La GRC ne cesse de répéter qu'elle doit faire un meilleur travail pour répondre aux appels au changement, a souligné le professeur Schneider, qui a publié de nombreux articles sur les questions policières. Il ne s'agit pas seulement de cette (enquête), il s'agit de chaque appel au changement.» Selon lui, la GRC retarde la prise de décision.  

M. Daley a dit être conscient que la police a fait face à de vives critiques pour avoir ignoré à plusieurs reprises les recommandations des enquêtes et examens précédents.

«C'est une question à laquelle il est difficile de répondre, a-t-il reconnu. Nous devons assumer la responsabilité des éléments qui relèvent de notre contrôle et que nous n'avons pas mis en œuvre ou communiqués aussi complètement que nous le devions... Nous ne fermons pas les yeux, même si je suis conscient que nous devons nous améliorer en matière de mise en œuvre ou de communication.»

À cette fin, M. Daley a confirmé que le commissaire de la GRC, Michael Duheme, avait créé un nouveau «secteur» pour garantir la mise en œuvre des recommandations des rapports et des enquêtes, bien que le commissaire adjoint n'ait pas fourni de détails.

«(M. Duheme) a consacré des ressources pour garantir que la mise en œuvre bénéficie de la surveillance nécessaire à partir de ce niveau», a affirmé M. Daley, qui a servi comme gendarme pendant 35 ans.

Le professeur Schneider a remis en question la nécessité d'un nouveau niveau de bureaucratie policière.

«Cela me semble être une vague déviation, a-t-il déclaré. Si les commandants peuvent transférer ces (recommandations) au secteur, peu importe ce que cela signifie, qui le public canadien doit-il tenir pour responsable de la mise en œuvre de ces recommandations ?»

Christian Leuprecht, professeur à l'Université Queen's de Kingston, en Ontario, n'est pas d'accord. Selon lui, la création d'un organisme de surveillance au sein de la GRC est une bonne idée, car rien ne sera accompli si la GRC ne dispose pas de ressources dédiées pour faire le travail.

«Le problème de ces bureaucraties est que l'urgent prend toujours le pas sur l'important. Les recommandations ne sont jamais mises en œuvre parce qu'il y a toujours un manque de ressources ou un problème plus urgent», a expliqué M. Leuprecht, qui est spécialisé dans les questions traitant de la police et de la sécurité.

Avec 17 000 membres, la GRC est un gros navire à diriger, a-t-il illustré. 

De plus, le professeur Leuprecht a souligné que la GRC ne sera pas en mesure de répondre à certaines recommandations sans recevoir les ressources et les directives du ministre de la Sécurité publique, Dominic LeBlanc.

«Ce qui est interprété comme un blocage de la GRC, c'est en fait que la GRC dit : "Nous avons besoin d'une direction politique", et cela inclut où iront les ressources, a déclaré M. Leuprecht. Certaines de ces décisions échappent au pouvoir de la GRC.»

M. Daley a cité une longue liste de changements récents au sein de la GRC, notamment des décisions visant à élargir son équipe d'intervention d'urgence à temps plein ; équiper les policiers de radios cryptées ; et mettre en œuvre le système En Alerte, qui permet à la GRC d'envoyer des alertes au public via des messages radio, télé et signaux sans fil. 

La GRC a également élaboré un «manuel d'intervention en cas d'incident critique», a-t-il expliqué, qui fournit aux policiers une liste de contrôle sur la façon de répondre aux appels dangereux, y compris dans les cas de tireurs actifs.

«Beaucoup de travail a été réalisé en Nouvelle-Écosse et partout au Canada», a assuré M. Daley, soulignant que sur les 130 recommandations du rapport final de la Commission des pertes massives, rendu en mars dernier, environ 50 s'appliquent à la GRC.

L'enquête a appris que les 18 et 19 avril 2020, un prosthodontiste de la région d'Halifax déguisé en policier et conduisant une réplique d'un véhicule de la GRC a tué 22 personnes par balle au cours d'un massacre qui a duré 13 heures dans le nord et le centre de la Nouvelle-Écosse.

L'enquête a entre autres révélé des échecs généralisés dans la manière dont la GRC a réagi à la pire fusillade de masse de l'histoire moderne du Canada. Son rapport final de 3000 pages indique qu'Ottawa devrait repenser le rôle central de la GRC dans le maintien de l'ordre au Canada.

Michael MacDonald, La Presse Canadienne