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La démission d'Amira Elghawaby réclamée par Jean-François Roberge

durée 06h05
30 janvier 2023
La Presse Canadienne, 2023
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Par La Presse Canadienne, 2023

MONTRÉAL — Nommée jeudi par le gouvernement Trudeau, la démission de la nouvelle conseillère spéciale chargée de la lutte contre l'islamophobie Amira Elghawaby est déjà réclamée par le ministre québécois de la Laïcité, Jean-François Roberge.

Dans une déclaration écrite, celui-ci exige des excuses de la part de la journaliste et militante pour des propos qu'elle a tenus dans une chronique publiée dans le Ottawa Citizen en juillet 2019 et dans laquelle elle affirme que la loi 21, qui empêcherait les employés de la fonction publique en position d'autorité, comme les enseignants, d'arborer des signes religieux, encouragerait la «tyrannie de la majorité».

«La majorité des Québécois sont [guidés] par un sentiment antimusulman», écrivait-elle conjointement avec le président du Réseau canadien anti-haine Bernie Farber, appuyant son propos par un sondage Léger indiquant que 88 % des Québécois ayant une perception négative de l'Islam étaient en faveur de la loi.

Vendredi, Mme Elghawaby a nuancé ses propos sur Twitter. «Je ne crois pas que les Québécois sont islamophobes; mes commentaires passés faisaient référence à un sondage au sujet de la loi 21», avait écrit la représentante spéciale, ajoutant qu'elle travaillerait «avec les partenaires de toutes les provinces et régions pour [s]'assurer que nous combattons directement le racisme.»

«Au nom du gouvernement, je lui ai demandé de retirer ses propos et de s'excuser. Or, elle n'a fait que tenter de justifier ses propos odieux. Ça ne passe pas. Elle doit démissionner et si elle ne le fait pas, le gouvernement doit la démettre sans délai», a affirmé le ministre Roberge dans une déclaration écrite dont La Presse Canadienne a eu copie lundi matin.

«Propos blessants»

Mme Elghawaby s'est présentée à la cérémonie de commémoration de l'attaque à la Grande Mosquée de Québec.

En marge de l'événement, le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a vivement condamné les propos passés de la représentante spéciale chargée de la lutte contre l'islamophobie.

«Mettre tous les Québécois dans le même panier, comme Madame a fait, ce n'est pas acceptable, a-t-il déclaré. Ce sont des propos blessants pour les Québécois et Québécoises. Il faut être capable de lutter contre l'islamophobie de manière rassembleuse et c'est ce que je m'attends des gens nommés par les différents paliers de gouvernement.»

Le député de Gouin ne s'est toutefois pas prononcé en faveur ou en défaveur de la démission de Mme Elghawaby.

Le PQ blâme Trudeau

De son côté, le député péquiste des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau préfère blâmer Justin Trudeau pour cette nomination. «Avait-il fait les vérifications diligentes, à savoir quelles étaient les déclarations incendiaires qu'elle avait prononcées, y compris dans des textes publiés dans certains médias du Canada anglais et qui tendent à démontrer que ses préjugés anti-Québec sont assez profondément ancrés?»

«La responsabilité du fiasco actuel doit être portée par le premier ministre, a-t-il déclaré lors d'un point de presse, lundi matin. C'est à lui de s'expliquer. On pense que ça ne contribue pas à l'apaisement collectif. Visiblement, c'est mal parti.»

Il ressort des déclarations de Mme Elghawaby «une incompréhension de la société québécoise», selon M. Arseneau.

«Erreur volontaire»

En entrevue sur les ondes du 98,5 FM, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a pour sa part qualifié «d'erreur volontaire» la nomination de Mme Elghawaby, une décision qui selon lui démontre le manque de connaissance et d'égards du gouvernement de Justin Trudeau à l'endroit du Québec.

«Le premier ministre et son cabinet ne peuvent pas ne pas avoir vérifié ses antécédents. Elle savait ce qu'elle avait dit, ils ont décidé en toute connaissance de cause de s'essayer pareil», a illustré le député de Beloeil-Chambly. Samedi, il dénonçait déjà la décision du premier ministre Trudeau, convaincu qu'elle n'ait pas pu être nommée «à un poste si sensible sans vérifier ses publications.» «Soit on nous ment, soit, comme disait l'autre, c'est des pas bons.»

Bien qu'il n'ait pas exigé la démission ou la destitution de Mme Elghawaby, dont il a qualifié les propos de «chapelet d'insultes» sur sa page Twitter, M. Blanchet souhaite rencontrer celle-ci afin qu'elle fasse la lumière sur ses déclarations malheureuses et sur ses intentions.

«Je veux qu'elle me convainque qu'elle s'en va là pour construire des ponts, pas pour creuser des fossés supplémentaires», a-t-il affirmé à l'animateur Paul Arcand, ajoutant que les Québécois sont «écœurés» de l'étiquette raciste et islamophobe qui leur est souvent accolée.

M. Blanchet tiendra un point de presse sur le sujet lundi après-midi à la Chambre des communes.

Dimanche soir, le premier ministre Justin Trudeau avait souligné la présence de Mme Elghawaby à la cérémonie de commémoration de l'attentat de la Grande Mosquée en la qualifiant de «l'amie de tous les Canadiens».

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Cette dépêche a été rédigée avec l'aide financière de la Bourse de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

Marie-Ève Martel, La Presse Canadienne