Enquête sur la tuerie: l'ex-commandante de la GRC en Nouvelle-Écosse témoigne
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Par La Presse Canadienne, 2022
HALIFAX — L'ancienne commandante de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en Nouvelle-Écosse a déclaré à l'enquête sur la fusillade de masse d'avril 2020 qu'elle avait vu pour la première fois la réplique d'une voiture de police du tueur dans un reportage avant de se rendre au travail le deuxième jour du massacre.
Dans la transcription de l'entretien que Lee Bergerman a accordé le 2 août aux avocats de l'enquête, l'ancienne commissaire adjointe, qui a pris sa retraite en octobre 2021, a déclaré qu'elle n'avait que peu de détails au début de la journée du 19 avril sur ce qui s'était initialement passé la nuit précédente dans la petite communauté rurale de Portapique, en Nouvelle-Écosse.
Le 18 avril de cette année-là, un homme armé a assassiné 13 personnes dans la communauté, puis s'est échappé dans une réplique d'une voiture de police. Le tueur a ensuite assassiné neuf autres personnes le lendemain, avant d'être abattu par la police dans une station-service.
Dans le document publié par l'enquête publique, Mme Bergerman a indiqué qu'elle avait d'abord été informée que quelque chose se passait avant d'aller se coucher vers 23h, le 18 avril. Elle a confirmé qu'elle avait appris le lendemain matin l'existence de la réplique d'une voiture de police du tueur Gabriel Wortman, mais qu'elle avait été «stupéfaite» lorsqu'elle l'avait vue aux informations peu de temps avant de quitter la maison pour se rendre à son bureau vers 9h30.
«Je me souviens avoir été, je dirais, stupéfaite par le (…) quand j'ai vu la voiture de police qu'ils avaient», a déclaré Mme Bergerman.
Elle a ajouté qu'elle était convaincue qu'une des voitures de police de la GRC avait été volée. Elle a donc appelé le surintendant principal Chris Leather pour lui demander si c'était le cas.
«Il a confirmé que toutes nos voitures de police avaient été retrouvées», a dit Mme Bergerman.
Elle a soutenu que ce n'est qu'après son arrivée à son bureau qu'elle a été informée que la photo avait été fournie à la GRC par un témoin.
En fait, la photo avait été obtenue d'un parent de Lisa Banfield - la conjointe du tueur - par la police régionale de Halifax, qui l'avait envoyée à la GRC vers 7h30. La photo n'a pas été partagée publiquement par la police jusqu'à ce que la GRC publie un message sur Twitter environ trois heures plus tard.
Pendant ce temps, Mme Bergerman a confirmé qu'elle n'avait jamais envisagé d'utiliser le système Alert Ready de la province pour informer le public, affirmant qu'on lui avait dit que des informations étaient diffusées via Twitter – comme c'était la pratique de la GRC de la Nouvelle-Écosse.
«J'étais donc satisfaite de ce qu'ils essayaient de faire à ce moment-là. Je n'ai jamais considéré Alert Ready», a-t-elle déclaré.
Le témoignage public de Mme Bergerman devant l'enquête lundi doit être suivi mardi d'une comparution à la barre de la commissaire de la GRC Brenda Lucki. Les deux officières ont chacune témoigné devant un comité parlementaire à Ottawa qui enquête sur une ingérence politique présumée dans le traitement de l'affaire par la GRC.
Selon le document d'entrevue, le témoignage de Mme Bergerman semble cohérent avec ce qu'elle a dit au comité parlementaire. Elle a de nouveau indiqué que la GRC de la Nouvelle-Écosse n'avait envoyé des informations sur les armes du tueur qu'à Brenda Lucki et au sous-commissaire dans un courriel du 23 avril 2020 après avoir obtenu le feu vert du chef de l'équipe d'intervention en cas d'incident grave de la Nouvelle-Écosse, Pat Curran.
M. Curran a déclaré au comité qu'il n'avait «donné aucune directive à la GRC» concernant les cinq armes à feu que le tueur avait en sa possession lorsqu'il a été abattu par la police le 19 avril.
Mme Bergerman a dit qu'elle n'était pas d'accord avec l'affirmation de M. Curran, ajoutant que ce n'était pas sa compréhension de la conversation téléphonique que le chef de SiRT avait eue avec elle et M. Leather.
«Eh bien, ce n'est pas ce qu'il a dit lors de l'appel, a-t-elle déclaré à l'enquête. Il a dit que cela ne devait pas être partagé à l'extérieur … que cela pourrait être partagé au sein de la GRC.»
Elle a également affirmé aux avocats chargés de l'enquête qu'elle avait été au courant pour la première fois lors d'un appel téléphonique du 28 avril 2020 avec Mme Lucki qu'une législation visant à interdire les armes d'assaut était envisagée par le gouvernement libéral fédéral.
Selon Mme Bergerman, la commissaire Lucki était en colère parce que les détails concernant les armes du tireur n'avaient pas été inclus dans une conférence de presse de la GRC tenue avant l'appel.
«(Mme Lucki) a eu l'impression qu'on lui manquait de respect et qu'on lui désobéissait, a indiqué Mme Bergerman. Concernant la législation, comme il y avait une législation sur les armes à feu à venir (…) et que nous n'avions pas compris la situation dans son ensemble.»
Mme Lucki a soutenu qu'elle n'était pas intervenue dans l'enquête, mais qu'elle était frustrée par la division de la Nouvelle-Écosse au sujet de sa communication avec le public parce que les médias rapportaient des faits avant que la GRC ne les publie.
Keith Doucette, La Presse Canadienne