En tournée avec son artiste préféré: sur la piste des voyageurs mélomanes
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Par La Presse Canadienne, 2023
MONTRÉAL — «Aimer d'amour, c'est aimer comme moi je t'aime», chantait le défunt Boule Noire. Pour plusieurs Québécois férus de musique, cela implique de suivre leur artiste préféré au bout du monde, juste pour le plaisir. «J'irai où tu iras», scanderait Céline Dion!
Au cours du dernier mois, Lening Olivera a assisté à huit concerts du groupe Iron Maiden. Il a suivi les musiciens dans leur tournée européenne, qui les a menés en Slovénie, en République tchèque, en Finlande, en Norvège et en Pologne.
Cette virée sur le Vieux-Continent a porté à 77 le nombre de représentations du groupe auxquelles le psychologue montréalais a assisté depuis sa toute première fois. «Je m'en souviens comme si c'était hier, c'était à Chicago, le 25 juillet 1999», relate le Portoricain d'origine, la passion perceptible dans la voix.
C'est devenu une espèce de défi personnel. «En 2018, je les ai vus cinq fois; en 2019, c'était 13 fois. Après, il y a eu la pandémie, mais l'an dernier, je les ai vus 15 fois. Avec huit concerts depuis le début de l'année, je suis bien parti pour battre mon record», témoigne celui qui a déjà acheté ses billets pour trois spectacles prévus en Espagne, le mois prochain. Il renouera ensuite avec Iron Maiden en septembre et en octobre lors du passage du groupe dans l'Ouest canadien.
Pour sa part, Marc Chalifoux cumule les kilomètres au compteur pour le chanteur canadien Bryan Adams. Depuis 1992, cet admirateur a assisté à 55 spectacles de son artiste préféré à travers le continent, si bien que celui-ci le reconnaît désormais.
«Entre assister à un septième match de la Coupe Stanley et aller voir Bryan Adams, j'irais voir mon Bryan!» relate celui qui a dédié un petit espace dans son sous-sol à sa vedette fétiche, qu'il a rencontrée en personne à une dizaine de reprises. Il n'a pas eu l'occasion encore d'aller à un concert de son idole de l'autre côté de l'Atlantique; c'est toutefois un rêve qu'il chérit et qu'il compte réaliser plus tôt que tard.
Mélanie Perreault, pour sa part, n'a pas hésité à survoler l'océan pour suivre Les Cowboys Fringants en Europe, elle qui a assisté à tout près de 200 de leurs spectacles. Après la Suisse, qu'elle a foulée pour voir son groupe favori, elle aimerait bien répéter l'expérience en France et en Belgique.
«J'ai découvert qu'il existe un groupe qui s'appelle les Québécois fringants qui suivent les Cowboys depuis toujours. C'est devenu comme une petite famille. Il y a des gens là-dedans qui habitent en France ou en Suisse, et nous nous hébergeons quand il y a un spectacle», raconte Mme Perreault.
Tous trois sont unanimes: même s'ils assistent au même spectacle soir après soir, l'expérience demeure toujours unique.
Des occasions à ne pas manquer
D'autres voyageurs mélomanes font le choix d'assister à des spectacles à l'étranger car l'offre québécoise «n'est plus ce qu'elle était».
Ian Bussières n'a aucun problème à rouler pendant plusieurs heures pour aller voir des artistes qu'il apprécie. «Souvent, ils ne viennent pas au Québec ou même au Canada», dit celui qui organise ses vacances en fonction des prestations auxquelles il souhaite assister.
C'est aussi le cas de Marie France Rémillard, qui ne compte pas le nombre de spectacles auxquels elle assiste chaque année depuis plus de quatre décennies.
«Je suis déjà allée voir les [Rolling] Stones à Londres pour revenir le lendemain. Une fois, je suis partie le matin pour aller voir Aerosmith à Las Vegas et je suis rentrée avec le vol de nuit», témoigne cette ancienne journaliste culturelle.
La Montréalaise n'hésite pas à s'envoler pour assister à des concerts inédits, comme le concert d'adieu de la légende britannique Elton John, qui a eu lieu à Glastonbury dimanche dernier. «Je me déplace quand je sais que d'ici quelques années, ça pourrait être terminé», indique Mme Rémillard.
En 2003, la formation préférée de Ian Bussières, Black Flag, s'est réunie 17 ans après sa séparation. «J'ai tout de suite acheté mon billet pour Los Angeles. Il ne fallait pas que je manque ça!» se souvient le résidant de Thetford Mines, qui a aussi assisté aux retrouvailles de The Misfits en 2006.
Des choix
Comme aller à l'étranger pour assister à un concert entraîne son lot de dépenses, ces admirateurs invétérés sont parfois confrontés à des choix.
«Quand les billets pour certains artistes comme Madonna, Metallica ou Kendrick Lamar se vendent à plusieurs centaines de dollars, je me dis que de payer le même prix pour aller voir ceux que j'aime ailleurs n'est pas pire: il y a au moins le billet d'avion dans le montant», lance Ian Bussières.
«Je ne dépense pas mon argent dans des sorties, des cigarettes et de la boisson, moi c’est vraiment les spectacles», affirme pour sa part Mme Perreault.
Bon pour le tourisme
Selon Frédéric Julien, directeur à la recherche et du développement à l'Association canadienne des organismes artistiques, l'événementiel, et particulièrement les spectacles et concerts, sont une activité de plus en plus prisée par les voyageurs, aussi bien d'ici que d'ailleurs.
«Certains types de touristes font choisir leur destination en fonction de l'offre culturelle», souligne M. Julien.
Des statistiques indiquent qu'avant la pandémie, 15 % des touristes canadiens assistaient à des spectacles ou des événements sportifs lorsqu'ils voyageaient, une statistique plus élevée que les touristes internationaux qui fréquentent les événements culturels hors festivals dans une proportion de 11,4 %.
Ce faisant, le Canada enregistre un «déficit commercial» pour le commerce de la culture, c'est-à-dire que les Canadiens dépensent davantage pour accueillir ou pour aller voir des artistes étrangers en spectacle que ce qu'investissement les touristes internationaux pour des prestations d'artistes canadiens, relève M. Julien. Cet écart s'amenuise cependant d'année en année.
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Cette dépêche a été rédigée avec l'aide financière de la Bourse de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.
Marie-Ève Martel, La Presse Canadienne