Deux Autochtones qui avait été condamnés pour meurtre il y a 50 ans sont acquittés
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Par La Presse Canadienne, 2023
WINNIPEG — Un juge a acquitté mardi deux Autochtones qui avaient été reconnus coupables il y a cinquante ans du meurtre d'un employé de restaurant à Winnipeg.
Le juge en chef de la Cour du Banc du Roi, Glenn Joyal, a annoncé à Brian Anderson et Allan Woodhouse qu'ils étaient innocents et qu'ils devaient être acquittés.
Les membres du public dans la salle d'audience ont éclaté de joie lorsque le juge a annoncé sa décision.
La procureure Michelle Jules avait plus tôt déclaré au tribunal que le Service des poursuites criminelles du Manitoba reconnaissait que MM. Anderson et Woodhouse avaient été victimes d'une erreur judiciaire dans cette affaire.
Elle a déclaré au juge Joyal que «le racisme systémique avait eu un impact sur l'enquête et les poursuites», et que le système judiciaire ne leur avait pas accordé un procès juste et équitable.
Le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, avait ordonné en juin la tenue d'un nouveau procès pour les deux hommes, citant de «nouvelles preuves», non précisées.
MM. Anderson et Woodhouse avaient été condamnés à la prison à vie pour le meurtre de Ting Fong Chan, un employé de restaurant poignardé en 1973. Les deux hommes avaient fait appel peu de temps après leur condamnation, mais ils ont toujours été déboutés. M. Anderson a été libéré sur parole en 1987 et M. Woodhouse en 1990.
Mardi, devant le juge en chef Joyal, ils ont à nouveau clamé leur innocence et relaté les impacts de cette erreur judiciaire sur leur vie et celle de leurs proches.
Brian Anderson, aujourd'hui âgé de 68 ans, a déclaré que cette condamnation avait eu un impact énorme sur sa famille. «Ça n'aurait jamais dû arriver», a-t-il déclaré au juge.
Allan Woodhouse, âgé de 67 ans, a souligné au juge qu'il avait passé 23 ans en prison pour un meurtre qu'il n'avait pas commis. «C'est inimaginable d'être accusé de quelque chose que vous n'avez pas fait. J'ai rompu les liens avec ma famille parce que je ne voulais pas qu'ils me voient pendant que j'étais en prison.»
«Des motifs raisonnables»
Le ministre Lametti écrivait dans un communiqué le 22 juin qu'il avait des motifs raisonnables de conclure qu’une erreur judiciaire s’était «probablement produite» dans cette affaire.
Le ministre de la Justice et procureur général du Manitoba, Kelvin Goertzen, a lui aussi indiqué mardi dans un communiqué qu'il croyait qu'une erreur judiciaire avait eu lieu. Il a présenté ses excuses aux deux hommes et à leurs familles, tout en admettant que «rien de ce qui pourrait être dit ne ramènera les années de liberté perdue ou le temps passé loin» de leurs proches.
Le ministre Goertzen a ajouté que l'erreur judiciaire avait également eu des impacts pour la famille de la victime, qui réclame justice depuis cinquante ans.
Kim Beaudin, vice-chef du Congrès des peuples autochtones, croit que le racisme systémique a effectivement joué un rôle déterminant dans ces erreurs judiciaires. «Les gouvernements provincial et fédéral devraient prêter attention à ces cas pour constater les résultats du racisme, des préjugés et de la surreprésentation des Autochtones dans les prisons», a déclaré M. Beaudin.
Les condamnations des deux hommes reposaient en grande partie sur des aveux signés que M. Anderson avait faits à la police. Mais des avocats ont déjà souligné que M. Anderson ne savait pas ce qu'il signait et que l'anglais n'était pas sa langue maternelle.
Dans un balado américain l'année dernière, M. Anderson a déclaré qu'il croyait que le document qu'il signait était en fait un reçu pour ses objets personnels remis lors de son arrestation.
Brittany Hobson, La Presse Canadienne