Des milliers pages d'archives sur les écoles gérées par les Quakers seront numérisées
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Par La Presse Canadienne, 2023
OTTAWA — Une coalition de défense des peuples autochtones contraints de fréquenter des pensionnats aux États-Unis prévoit de numériser 20 000 pages d'archives liées aux écoles gérées par les Quakers.
En dehors des nations autochtones, la plupart des gens ne savent même pas que ces écoles faisaient partie intégrante de l'histoire et de la politique indienne fédérale des États-Unis, a déclaré Samuel Torres, directeur général adjoint de la Native American Boarding School Healing Coalition.
Son équipe s'est inspirée de la Commission de vérité et réconciliation du Canada et du Centre national pour la vérité et réconciliation afin de mettre cette réalité en lumière.
Les Quakers et d’autres groupes religieux ont, ces dernières années, commencé ou intensifié leurs efforts de recherche et d’expiation pour leur rôle dans le système de pensionnats que les enfants autochtones des États-Unis étaient obligés de fréquenter. Les institutions les ont coupés de leurs familles, communautés et traditions, à l’instar des pensionnats au Canada.
Pendant des décennies, les documents relatifs aux pensionnats pour autochtones gérés par les Quakers ont été largement sous-étudiés, en partie parce qu'ils existent dans des collections isolées et dispersées avec un accès limité, explique M. Torres.
La coalition, aux côtés de la Friends Historical Library du Swarthmore College et des Quaker & Special Collections du Haverford College, avec le soutien financier de la National Historic Publications and Records Commission, numérisera 20 000 pages de documents d'inscription, de photographies, d'informations financières, de correspondance et de dossiers administratifs datant de 1852 à 1945 cet automne.
Après l'analyse, les chefs de projet organiseront une séance d'information avec les communautés autochtones pour discuter des résultats. Le projet comprendra la production d’une vidéo reprenant les histoires orales partagées par les survivants des pensionnats et leurs familles.
«La souveraineté des données autochtones» sera au premier plan, les survivants décidant quels documents ne seraient pas appropriés à la consommation publique, indique M. Torres.
«C'est un engagement qui reconnaît que les données — à la fois physiquement et philosophiquement — appartiennent aux personnes dont elles parlent», précise-t-il.
Les dossiers numérisés approuvés seront disponibles au printemps 2024 sur une base de données appelée National Indian Boarding School Digital Archive, que la coalition lancera plus tard cette année.
M. Torres reconnaît que le chemin de la guérison ne s'arrêtera pas avec sa sortie.
Le tout fait partie d'un processus plus long qui prendra probablement des générations – mais c'est un sujet qu'il a trouvé encore plus important de rechercher après qu'une Première Nation du Canada l'a appelé pour lui annoncer des nouvelles troublantes il y a quelques années.
En mai 2021, la nation Tk'emlups te Secwepemc en Colombie-Britannique a annoncé qu'un radar pénétrant dans le sol avait détecté ce qui serait 215 tombes anonymes sur le site de l'ancien pensionnat autochtone de Kamloops.
Cette découverte a choqué des millions de personnes à travers le pays et dans le monde, même si les survivants des pensionnats décrivent de tels endroits depuis des décennies.
«Nous avons constaté un changement de paradigme», note M. Torres, soulignant que les Américains ont commencé à se poser des questions sur ce qui s'était passé là-bas, mais ne savaient pas où trouver les réponses.
«Nous avons appris de diverses commissions de réconciliation à travers le monde», la plus pertinente étant celle du Canada, dit-il.
Cependant, le Canada est également aux prises avec l'accès aux dossiers et à l'archivage des témoignages des survivants.
Parmi les milliers d'anciens élèves des pensionnats autochtones qui ont détaillé les abus qu'ils ont subis à un arbitre chargé de déterminer leur admissibilité à une indemnisation en vertu de la Convention de règlement historique relative aux pensionnats indiens, seulement une trentaine ont demandé que des copies de leurs propos soient archivées.
S’ils ne sont pas archivés dans un délai de cinq ans, ils seront détruits.
Les dossiers sont le produit de ce que l'on appelle le processus d'évaluation indépendant, que les survivants ont dû suivre pour accéder à une indemnisation pour les abus qu'ils ont subis dans leur enfance.
Le débat autour de l’avenir de ces dossiers a pris de l’ampleur depuis que de plus en plus de Premières Nations du Canada ont commencé à chercher des réponses sur ce qui est arrivé aux enfants décédés ou disparus des pensionnats.
En 2014, la question de savoir ce qui devrait arriver à ces transcriptions et pièces justificatives a atterri devant la Cour supérieure de justice de l’Ontario.
D’un côté, la Commission de vérité et réconciliation du Canada et le Centre national pour la vérité et réconciliation – les archives créées pour héberger ses documents – ainsi que le gouvernement fédéral ont déclaré qu’ils devraient être préservés. L'arbitre en chef du processus d'indemnisation et 24 entités de l'Église catholique ont soutenu qu'elles devraient être détruites.
L'Assemblée des Premières Nations a appuyé cette dernière position.
La Cour supérieure de justice de l'Ontario a finalement ordonné la destruction des dossiers après avoir donné aux survivants 15 ans pour obtenir des copies de leurs propres dossiers.
Mais une chose que ni les tribunaux ni le processus d'indemnisation n'ont prise en compte était la mort et la disparition d'enfants, a déclaré Kimberly Murray, qui est conseillère indépendante auprès d'Ottawa sur la façon d'aider les communautés autochtones à rechercher des tombes anonymes et à récupérer des documents.
Selon Mme Murray, certains groupes religieux n'ont pas encore rendu les documents en leur possession.
M. Torres et la National Native American Boarding School Healing Coalition surveillent de près ce qui se passe au Canada.
«Bien que je pense que beaucoup de gens ici aux États-Unis diraient que nous sommes même en retard sur le statu quo (par rapport aux) progrès du processus de commission canadienne, je pense qu'il existe des opportunités pour pouvoir faire plus de choses correctement», dit-il.
— Avec la collaboration de Stephanie Taylor et de l'Associated Press
Alessia Passafiume, La Presse Canadienne