Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

Des limites quotidiennes pourraient être imposées pour les émissions d’arsenic

durée 12h02
13 juillet 2022
La Presse Canadienne, 2022
durée

Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2022

MONTRÉAL — Lors d'une visite attendue à Rouyn-Noranda mercredi, le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, ne s'est pas engagé à ce que la Fonderie Horne respecte les normes québécoises d'émission d'arsenic. Il considère toutefois instaurer des cibles intermédiaires et des plafonds quotidiens, ainsi que des cibles pour les autres métaux.

Benoit Charette a discuté de ces propositions lors de différentes rencontres avec des comités de citoyens, des gens d'affaires et des médecins à Rouyn-Noranda mercredi.

Lors d'un point de presse en milieu d'après-midi, le ministre de l'Environnement a réitéré que le «statu quo n'était pas une option».

«Ce que l'on regarde actuellement, c'est d'ajouter des cibles intérimaires qui seraient contraignantes», a indiqué Benoit Charette, ce qui permettrait «d'exercer notre pouvoir de contrôle et notre pouvoir de sanction si par exemple, après deux ans de l'instauration de la nouvelle attestation, l'entreprise ne respectait pas les conditions et les cibles».

Le ministre a précisé qu'il travaillait à ce que le nouveau seuil d'émission d'arsenic soit officialisé d’ici la fin de l’été en collaboration avec la Direction de la Santé publique.

Rencontre avec des médecins

La docteure Claudel Naud-Bellavance, qui pratique à Rouyn-Noranda et qui a grandi dans cette ville de l'Abitibi-Témiscamingue, faisait partie des intervenants qui ont rencontré le ministre.

«Il nous a apporté l'ébauche d'un plan beaucoup plus structuré que ce qui avait été présenté jusqu'à maintenant», a indiqué la médecin de famille en précisant toutefois que «c'est encore incomplet».

Selon elle, la rencontre avec le ministre ne va pas apaiser l'inquiétude de ses patients.

«Quand il n'y a rien de concret, c'est dur d'être apaisé», a-t-elle résumé en réitérant la demande de plusieurs médecins de la région qui, comme elle, ont fait des sorties publiques dans les dernières semaines.

«On veut la même qualité d'air qu'ailleurs au Québec, c'est simple, et pour l'atteindre, c'est le trois nanogrammes», a indiqué la Dre Naud-Bellavance en faisant référence à la norme provinciale qui est fixée à 3 ng/m3.

La Fonderie Horne rejette actuellement dans l’air jusqu’à 100 nanogrammes d’arsenic par mètre cube (100 ng/m3), soit 33 fois plus que la norme provinciale.

«On veut protéger la santé des gens. On ne veut pas de seuil plus haut, car l'arsenic est un cancérigène sans seuil alors dès qu'on monte le seuil, on augmente le risque de cancer et comme médecin, on veut le moins de cancers possible», a résumé Claudel Naud-Bellavance.

Plus la diminution d'émissions d'arsenic dans l'air de Rouyn-Noranda sera rapide et importante, plus il y aura un gain pour la santé publique, selon un récent rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Rencontre avec la Chambre de commerce

En après-midi, le ministre Charette a également rencontré des membres de la Chambre de commerce et d'industrie de Rouyn-Noranda.

Son président, Jean-Claude Loranger, ne veut pas s'avancer sur ce que serait un seuil acceptable d'arsenic dans l'air de la ville, mais à la lumière de la rencontre avec Benoit Charette, il croit qu'il est possible «d'établir un plan de match qui permettrait éventuellement de l'atteindre». M. Loranger s'est montré satisfait de la visite du ministre.

«Son déplacement démontre une volonté, un leadership assumé au niveau gouvernemental, dans ce dossier-là, ce qui était nécessaire», a indiqué le président de la Chambre de commerce à La Presse Canadienne.

La qualité de l'air est un frein au recrutement 

Jean-Claude Loranger a également fait part au ministre de son inquiétude concernant «l'attractivité de la ville» depuis «le battage médiatique des dernières semaines».

Lorsque la poussière sera retombée, il souhaite que le gouvernement puisse aider financièrement les entrepreneurs de la région qui ont du mal à attirer de la main-d'œuvre en raison de la qualité de l'air et de toute l'attention négative que le dossier suscite.

«Le dossier de la qualité de l'air, c'est strictement à Rouyn-Noranda, donc c'est sûr que ça met à mal nos entrepreneurs en termes de concurrence dans le recrutement par rapport à d'autres endroits.» 

En entrevue avec La Presse Canadienne, la docteure Claudel Naud-Bellavance a également soulevé les difficultés de recruter de la main-d'œuvre dans le secteur de la santé.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne