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Des fautes professionnelles en soins médico-esthétiques, avertissent le CMQ et l'OIIQ

durée 12h54
30 mai 2024
The Canadian Press, 2024
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par The Canadian Press, 2024

MONTRÉAL — Le nombre de professionnels de la santé qui prodiguent des soins médico-esthétiques, comme des injections de Botox, est en croissance. Le Collège des médecins du Québec (CMQ) et l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) s'inquiètent toutefois des «dérives» qui leur sont signalées.

Dans un avis conjoint, les deux ordres professionnels ont rappelé à leurs membres leurs responsabilités et obligations déontologiques. Dans la lettre, ils font état d'évaluations bâclées, d'absence de plans de traitement, de salles d’injection non sécuritaires et «des infirmières qui ne mettent pas en place les conditions assurant une prise en charge médicale compétente rapidement lors de complications à la suite d’injections lorsque requis».

Par exemple, si un traitement est fait et qu'il est à risque «de mal tourner», il faut s'assurer qu'il y a un médecin qui est disponible en deçà de 15 minutes, a expliqué en entrevue Luc Mathieu, président de l’OIIQ. «Dans les signalements qu'on a eus, ce n'est pas toujours le cas», dit-il.

Des injections se font également dans des endroits non sécuritaires. Certains endroits ne seraient pas conformes aux normes d'asepsie, c'est-à-dire d'avoir une absence de germes microbiens susceptibles de causer une infection.

Il y a également des injections qui se font sur des sites non prescrits ou non recommandés sur le corps humain, par exemple sur les fesses et les seins, a indiqué M. Mathieu. En plus, certaines injections ont contenu des substances qui ne sont pas homologuées au Canada.

«Imaginez si on injecte dans des endroits non recommandés des produits qui ne sont pas homologués au Canada... la synergie que ça peut faire, il peut y avoir des chocs anaphylactiques par exemple. Il peut y avoir des problèmes d'intolérances à certains produits qui peuvent se décliner de différentes façons», prévient-il.

Sans préciser le nombre de plaintes reçues, M. Mathieu souligne que les deux ordres professionnels en ont reçu suffisamment pour justifier une sortie conjointe. «On ne fait pas de généralisation, mais on a eu les signalements qui nous permettent de dire que c'est le temps de faire une sortie publique, auprès du public justement, mais aussi de nos membres», explique-t-il.

Selon les informations que le CMQ et l'OIIQ ont reçues, les fautes rapportées dans les signalements n'ont pas mené à de graves complications chez les patients. «Mais il pourrait y en avoir, s'empresse d'avertir M. Mathieu. C'est une pratique qui comporte des risques significatifs, il faut que la population le sache. Certains traitements sont invasifs et il peut y avoir des risques de complications, alors il faut agir avec prudence.»

D'autre part, il y a présentement un engouement auprès de la population pour les soins médico-esthétiques. «On n'a pas les données précises sur le nombre d'infirmières et d'infirmiers qui pratiquent dans ce secteur et de l'accroissement au cours des dernières années, mais on le sait qu'il y a une demande du public et on le voit qu'il y a de plus en plus d'annonces de cliniques de soins médico-esthétiques. C'est sûr qu'on exerce une vigie par rapport au déploiement de cette pratique», assure M. Mathieu.

Il invite les gens à bien s'informer et à poser des questions aux médecins ou infirmières qui les reçoivent. «Toutes les questions sont bonnes dans ce contexte pour s'assurer que les professionnels ont l'habileté à faire cela et qu'on est dans un environnement sécuritaire», conseille-t-il.

Le CMQ et l'OIIQ disent prendre la situation «très au sérieux». Ils soulignent l'existence de risques de préjudices associés aux soins dispensés en médecine esthétique et assurent qu'ils prendront les mesures nécessaires pour assurer la protection du public.

Le contenu en santé de La Presse Canadienne obtient du financement grâce à un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est l’unique responsable des choix éditoriaux.

Katrine Desautels, La Presse Canadienne