Début d'une enquête sur la mort d'un adolescent lourdement handicapé en Ontario
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Par La Presse Canadienne, 2023
TORONTO — À la suite de la mort subite de Samuel Brown, un coroner a déclaré qu'une autopsie n'était pas nécessaire pour l'adolescent ontarien parce qu'il était handicapé, a déploré sa mère aux jurés, au premier jour d'une enquête portant sur le décès du jeune homme.
Samuel Brown, né avec une maladie génétique qui l'a rendu aveugle, sourd et incapable de parler, est décédé il y a cinq ans, à l'âge de 18 ans, alors qu'il fréquentait l'école pour aveugles W. Ross Macdonald à Brantford, en Ontario.
Sa famille a déclaré qu'il était en bonne santé dans les jours précédant son décès et est d'avis que les autorités médicales étaient parvenues à des conclusions contradictoires sur la cause de son décès.
Entre le moment où la famille de Samuel Brown a reçu un appel de l'école pour l'informer qu'il était légèrement malade, et le décès de l'adolescent, à peine douze heures se sont écoulées.
Malgré cette courte période, Andrea Brown a témoigné qu'on lui avait demandé, à elle et à son mari, de prendre en compte le handicap de leur fils.
«(Le coroner) a dit "Nous n'avons pas besoin de faire une autopsie", et j'ai répondu "Pardonnez-moi?"» a relaté Mme Brown.
«Ensuite, il a dit: "Vous n'êtes pas obligé de faire une autopsie parce qu'il est né avec une délétion chromosomique"», a poursuivi la mère en retenant ses larmes.
«Le coroner m'a dit de me rappeler qu'il s'agissait d'un enfant handicapé, a ajouté Mme Brown. J'ai dit que je m'en souvenais parce que c'est moi qui lui ai donné naissance.»
Renseignements contradictoires
L'enquête qui a débuté lundi examinera les circonstances de la mort de M. Brown, examinera les risques accrus auxquels il était confronté en ce qui concerne la pénétration de nourriture et de liquide dans ses voies respiratoires, explorera les mesures de protection pour répondre à ces risques et analysera les politiques de l'école pour les élèves ayant des obstacles à la communication de leurs besoins et symptômes.
Samuel Brown a commencé à fréquenter W. Ross Macdonald, la seule école dédiée aux aveugles et aux sourds-aveugles de la province, à l'âge de quatre ans et n'a connu aucun problème, à part des visites occasionnelles à l'hôpital pour des maladies mineures alors qu'il y logeait pendant la semaine, a-t-on appris dans l'enquête.
Andrea Brown a déclaré qu'elle n'avait entendu aucun cas de maladie jusqu'au soir du 8 février 2018, lorsqu'un membre du personnel l'a appelée pour lui dire que son fils était «un peu difficile» et ne voulait pas se lever pour le dîner. Le manque d'urgence dans la voix de l'appelant lui a fait croire que la situation n'était pas une préoccupation majeure.
Le lendemain matin, elle a reçu un autre appel l'informant que son fils avait été transporté à l'hôpital parce qu'il était inconscient. Ce n'est que lorsque les parents sont arrivés eux-mêmes à l'hôpital qu'ils ont appris que leur fils était décédé, a-t-elle déclaré.
Les Brown ont déclaré que le coroner affecté au dossier avait produit un rapport indiquant que leur fils était décédé de causes naturelles.
Dans le but d'obtenir plus de réponses, la famille a demandé une autopsie, qui a conclu que Samuel Brown était mort d'une pneumonie — une découverte, selon sa mère, qui n'a fait qu'aggraver la confusion de la famille.
Andrea Brown a également parlé d'un rapport d'appel d'ambulance qui indiquait que le personnel de l'école effectuait des contrôles horaires sur Samuel la nuit précédant sa mort parce qu'il avait «une respiration difficile» et était «malade et léthargique» toute la soirée.
Elle a déclaré qu'elle n'avait pas été informée de ces détails ce soir-là, malgré un appel et un message vocal resté sans réponse.
Elle a souligné que les handicaps et les problèmes de santé de Samuel ne l'empêchaient pas de vivre une vie bien remplie et heureuse et d'être aimé de la communauté qui l'entourait.
L'enquête devrait entendre un certain nombre de témoins pendant 10 jours, notamment le personnel de l'école, le pathologiste qui a procédé à l'autopsie et un expert en matière de discrimination médical.
Tyler Griffin, La Presse Canadienne