Connue comme de la Sagouine, la comédienne Viola Léger décède à 92 ans
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Par La Presse Canadienne, 2023
MONTRÉAL — Celle qui incarnait avec tant de justesse la Sagouine, cette icône attachante de l’Acadie au franc-parler coloré, est décédée samedi. L’actrice, professeure et ancienne sénatrice Viola Léger s’est éteinte à l’âge de 92 ans.
Pour son public et les fidèles de l’œuvre d’Antonine Maillet, elle demeurera toujours «la vraie Sagouine», qu’elle interpréta pas moins de 3000 fois, en français et en anglais, aux quatre coins du pays comme à l’étranger.
«Elle a toujours été l’une de mes grandes amies et certainement la plus grande comédienne que l’Acadie n’ait jamais connue», a témoigné Antonine Maillet dans un communiqué, samedi.
La célèbre comédienne s’était retirée de la vie publique en février 2017, peu après avoir subi un accident vasculaire cérébral l’ayant laissée avec des séquelles telles que de problèmes de mémoire et des troubles de la vision.
Chaque fois qu’elle foulait les planches dans la peau de son personnage de femme de ménage acadienne, «elle quittait Viola et devenait la Sagouine», s’était souvenue l’agente de la comédienne, Lucienne Losier, dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne au moment où Viola Léger avait annoncé qu’elle tirait sa révérence pour de bon.
Née en 1930 d’une famille acadienne exilée au Massachusetts, Viola Léger a surtout grandi au Nouveau-Brunswick, où elle a étudié pour devenir enseignante.
Elle est encore sur les bancs d’école lorsqu’elle fait la connaissance d’Antonine Maillet, alors professeure, avec qui elle nouera une amitié solide qui influencera sa vie professionnelle à tout jamais.
En 1967, alors qu’elle frôle la quarantaine, Viola Léger part aux États-Unis pour apprendre l’enseignement du théâtre à l’Université de Boston, puis s’envole pour Paris pour faire ses premières armes en interprétation théâtrale à l’École Jacques Lecoq.
C’est à cette époque qu’elle recevra un coup de fil d’Antonine Maillet qui lui demande si elle est intéressée par le rôle de «La Sagouine», le personnage d’une vieille femme de ménage acadienne qu’elle vient de créer.
Fille et femme de pêcheurs, cette héroïne de 72 ans, modeste laveuse de planchers, racontant en «chiac» sa vie et ses souvenirs, deviendra vite un symbole de l’Acadie. Elle prendra d’abord vie sur les planches d’un théâtre néo-brunswickois en 1971, puis sera présentée au théâtre du Rideau Vert, à Montréal, l’année suivante, toujours sous les traits de Viola Léger. La Sagouine visitera par la suite les théâtres de nombreuses villes, un peu partout au Canada, mais aussi en Europe.
Son interprétation avait évolué au fil des années. Le directeur général et directeur artistique du Pays de la Sagouine à Bouctouche, Luc LeBLanc, avait souligné dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne en février 2017 que Viola Léger disait ces dernières années : «Je l’ai sous la peau». «La Sagouine, c’est Viola Léger», avait-il dit. Bien des gens confondaient d’ailleurs l’interprète et son personnage.
Jamais elle ne s’était lassée de donner vie à la Sagouine, avait de son côté assuré Mme Losier. «Tous les soirs, elle avait ses personnages, ses vieux à qui elle parlait dans sa tête. Elle disait que chaque soir, c’était différent», avait relaté l’agente.
Une vedette de la télévision
Viola Léger deviendra encore plus populaire lorsque, en 1976, la télévision de Radio-Canada diffusera une série de 16 émissions de monologues de la Sagouine. Cette même année, elle incarnera une nouvelle héroïne d’Antonine Maillet, Evangéline Deusse, Acadienne octogénaire déracinée, philosophant sur l’exil, installée sur son banc de parc montréalais où elle rencontrera l’amour.
En septembre 2016, la cinéaste Renée Blanchar a enregistré dix monologues avec une caméra 4K pour immortaliser l’interprétation de Viola Léger.
Au cours de sa vie, l’actrice participera à de nombreuses productions théâtrales, notamment aux pièces du célèbre dramaturge et romancier québécois Michel Tremblay. En 2001, elle obtiendra, ex aequo avec celle qui lui donne la réplique dans «Grace et Gloria», le Masque de la meilleure actrice de l’année. La critique encensera son interprétation d’une vieille dame mourante dans cette pièce de l’Américain Tom Ziegler. Elle s’illustrera également à la télévision, notamment dans son rôle de Gabrielle Lévesque dans le téléroman «Bouscotte» de Victor-Lévy Beaulieu, de 1997 à 2001.
«Elle a eu le temps de tout faire ce qu’elle voulait faire», avait dit l’agente de l’interprète de la Sagouine en février 2017.
C’est Jean Chrétien qui, alors premier ministre libéral, la nommera en 2001 au Sénat à titre de représentante du Nouveau-Brunswick. Quatre ans plus tard, elle quittera la scène politique en soufflant ses 75 bougies, satisfaite de son passage à Ottawa, mais également heureuse de monter à nouveau sur les planches et de se glisser dans la peau de ses personnages.
Au cours de sa vie, Viola Léger a reçu de nombreux doctorats honorifiques et prix prestigieux, dont le titre de Chevalier de l’Ordre de la Pléiade (1978), la Médaille du Conseil de la vie française en Amérique (1987), ainsi que les titres d’Officier de l’Ordre du Canada (1989) et de Chevalier de l’Ordre français des Arts et des Lettres (1991).
Un documentaire, «Simplement Viola», lui a été consacré par le réalisateur Rodolphe Caron.
L’emblématique interprète se raconte par ailleurs elle-même dans «La petite histoire de La Sagouine», livre paru au printemps 2017.
Celle qui a été appelée sur le tard par les arts de la scène avait fondé sa propre entreprise de théâtre, la Compagnie Viola Léger inc., établie à Moncton.
Les détails concernant les funérailles de Mme Léger seront dévoilés prochainement, a indiqué samedi son attachée de presse.
La Presse Canadienne