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C.-B.: la ministre de la Santé opte pour une nouvelle approche sur les surdoses

durée 04h39
25 novembre 2024
La Presse Canadienne, 2024
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2024

VICTORIA — La nouvelle ministre de la Santé de la Colombie-Britannique vise plus de lits de traitement et moins de décès dans le cadre d'une approche remaniée de la crise des surdoses de drogue dans la province.

Cela survient après que le gouvernement nouvellement élu de David Eby eut éliminé le ministère de la Santé mentale et des Dépendances, qui, selon certains intervenants, n'avait pas de «dents».

L'ancien ministère a été créé en 2017 pour fournir des réponses coordonnées à la crise des drogues toxiques, qui a tué plus de 15 000 personnes au cours des huit dernières années.

Le ministère a maintenant été absorbé par le ministère de la Santé.

Josie Osborne, qui succède à l'ancien ministre Adrian Dix, estime que c'est le bon moment de le réintégrer dans le ministère de la Santé.

Elle a rappelé que le premier ministre avait été très clair qu'il fallait maintenant «une approche pangouvernementale à ce sujet».

Le service des coroners de la Colombie-Britannique indique que 1749 personnes sont mortes d’une surdose de drogue toxique jusqu’à présent cette année. L’année dernière, le service a signalé 2551 décès par surdose, soit le plus grand nombre jamais enregistré en une seule année dans la province.

«Nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour réduire le nombre de décès et les répercussions sur les personnes et les familles», a assuré Mme Osborne.

«C’est l’un des défis les plus difficiles auxquels notre gouvernement et notre société sont confrontés en Colombie-Britannique et l’une des principales priorités de notre gouvernement. L’essentiel ici est d’aider les gens et de faire tout ce que nous pouvons, par différentes approches, pour réduire le nombre de décès et aider les gens à se rétablir et à être en bonne santé.»

«Une bonne chose»

Des militants qui demandent au gouvernement de soutenir davantage d’initiatives en matière d’approvisionnement sécuritaire et de décriminalisation des drogues disent qu’ils surveilleront les signaux indiquant que la réorganisation et la nomination de la ministre Osborne entraînent des changements d’orientation et d’approche.

«C’est une bonne chose, car le ministère de la Santé mentale et des Dépendances n’a jamais vraiment été conçu pour réussir», a indiqué DJ Larkin, directeur général de la Coalition canadienne des politiques sur les drogues et professeur adjoint à la faculté des sciences de la santé de l’Université Simon Fraser.

«Il n’avait ni le budget ni l’autorité nécessaires pour faire ce qui devait se passer et il a créé des attentes qu’il n’a pas pu satisfaire, a-t-il expliqué. Il n’avait pas les pouvoirs nécessaires. Cela expose les gens à la déception, car ils recueillent les données, ils obtiennent l’avis des experts, ils reçoivent les idées, mais ils n’ont pas les moyens de les mettre en œuvre.»

Leslie McBain, cofondatrice de Moms Stop the Harm, un groupe de défense de la réduction des méfaits, a déclaré qu’elle attendait avec impatience le changement de ministère, car «nous n’avons pas fait beaucoup de progrès en ce qui concerne la crise des drogues toxiques».

Elle pense que le ministère de la Santé mentale et des Dépendances était «un peu coincé», car il relevait du ministère de la Santé, mais avait peu de pouvoir.

«Je suis optimiste maintenant, bien sûr, a-t-elle soutenu. Je pense qu’il vaut mieux changer que de rester coincé dans une situation où il n’y a pas eu de grand mouvement. Ces sept ou huit dernières années, nous avons attendu que les choses s’améliorent et elles ne se sont pas améliorées. Donc, avec un changement, il y a de l’espoir.»

La décriminalisation «vidée de sa substance»

Mais M. Larkin et Mme McBain, dont le fils Jordan est mort d’une surdose il y a plus de dix ans, affirment qu’ils continueront de faire pression sur la ministre Osborne et le gouvernement néo-démocrate pour qu’ils appuient les efforts visant à soutenir la décriminalisation et les efforts d’approvisionnement sécuritaire.

Le gouvernement a catégoriquement rejeté les appels de la coroner en chef de la province, Lisa Lapointe, plus tôt cette année, pour fournir un accès sans ordonnance aux drogues contrôlées.

Il a également annulé un projet pilote de décriminalisation après le tollé politique et public concernant la consommation ouverte de drogues.

«La décriminalisation a été essentiellement vidée de sa substance par le premier ministre», a déploré Mme McBain.

«Elle doit être renforcée plutôt que vidée de sa substance pour que les gens puissent consommer des drogues en toute sécurité.»

M. Larkin a déclaré que les militants ont l'intention de pousser Mme Osborne et le gouvernement à continuer de mettre en œuvre une réforme politique en faveur d’une plus grande décriminalisation des drogues.

«Chaque année, des centaines et des centaines de milliers de personnes consomment des drogues non réglementées. C'est la source du problème. Si nous voulons économiser de l'argent dans les soins de santé et dans les services de police et réinvestir dans les collectivités, nous devons nous attaquer à l'approvisionnement non réglementé en drogues, ce qui signifie modifier la loi», a-t-il souligné.

La ministre Osborne a reconnu les enjeux de décriminalisation, d'approvisionnement sécuritaire et de soins involontaires, mais a déclaré qu'en tant que nouvelle ministre, elle cherche à résoudre la crise des surdoses en tendant la main aux organismes, aux collectivités et aux gens.

«À l'heure actuelle, ce qui m'attend, c'est d'en apprendre davantage sur les gens, les collectivités et tous les organismes et organisations et de les écouter pour comprendre les véritables impacts sur le terrain des différentes approches à cet égard», a-t-elle affirmé.

Dirk Meissner, La Presse Canadienne