Au tour de l'Alberta de déposer une résolution sur les pronoms dans les écoles
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Par La Presse Canadienne, 2023
EDMONTON — Les membres du Parti conservateur uni en Alberta s’apprêtent à débattre d’une résolution concernant les pronoms de genre dans les écoles, mais la première ministre Danielle Smith prévient que son gouvernement ne suivra pas automatiquement la voie qui sera choisie par les délégués.
La résolution sera présentée dans trois semaines, les 3 et 4 novembre à Calgary, lors de l’assemblée générale annuelle du parti. Il s’agira du premier rassemblement de la formation politique depuis que le parti de Mme Smith a été réélu en mai.
Les délégués débattront et voteront sur une motion visant à savoir si l'on devrait exiger que les écoles obtiennent le consentement écrit des parents ou des tuteurs légaux lorsqu'un élève de moins de 16 ans demande à utiliser un nom ou un pronom différent en classe.
La résolution, présentée par les délégués de la circonscription d'Edmonton-West Henday, note que la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick mettent déjà en œuvre des règles similaires. Elle soutient que si le consentement parental est nécessaire pour les sorties scolaires, il devrait l’être aussi pour les changements de nom.
«Les parents, et non les écoles, sont les tuteurs légaux de leurs enfants», soutiennent les délégués d'Edmonton-West Henday dans leur résolution.
«Les écoles ne devraient pas agir dans le dos des parents», ajoute-t-on.
Si la motion est adoptée, le gouvernement ne sera pas tenu d’y donner suite, a rappelé Mme Smith lorsqu'elle a été interrogée à ce sujet lors d'une conférence de presse portant sur un autre sujet à Calgary.
«Le processus politique est l'une des mesures que notre cabinet et notre caucus utilisent pour prendre une décision, mais nous consultons également les parties prenantes et nous parlons directement aux Albertains», a-t-elle observé.
«Je veux voir comment se déroule le débat, et ensuite nous prendrons des décisions une fois que nous verrons si (la résolution) est adoptée ou non.»
«Les écoles sont là pour tout le monde»
Le titulaire de la Chaire de recherche sur la compréhension par le public des jeunes faisant partie de minorités de genre et d’orientation sexuelle au Canada, Kristopher Wells, souhaite que Mme Smith tienne bon dans tout ce débat.
«Nous espérons que la première ministre aura le courage d'ignorer toute résolution discriminatoire et qu'elle se concentrera plutôt sur des questions qui comptent pour la plupart des Albertains, comme l'économie, notre système de santé, le logement, l'inflation alimentaire, l'environnement», a souligné M. Wells, qui est également professeur agrégé à l'Université MacEwan, à Edmonton.
«Ce que tout ce soi-disant mouvement pour les droits parentaux ne parvient pas à comprendre, c’est que les écoles publiques sont là pour servir tout le monde, a-t-il ajouté. Aucun parent ne peut imposer ses opinions à l’ensemble d’une communauté scolaire.»
Ailleurs au Canada
Jeudi, le gouvernement de la Saskatchewan, dirigé par le premier ministre Scott Moe, a déposé un projet de loi visant à invoquer la clause dérogatoire afin d'empêcher les enfants de moins de 16 ans de changer de nom ou de pronom à l'école sans le consentement de leurs parents.
La clause dérogatoire est une disposition rarement utilisée qui permet aux gouvernements de déroger à certains articles de la Charte des droits et libertés pour une période pouvant aller jusqu'à cinq ans.
Cette décision est intervenue après qu'un juge a accordé une injonction suspendant la politique du gouvernement du Parti de la Saskatchewan en matière de choix des pronoms jusqu'à ce qu'une contestation constitutionnelle puisse être entendue.
Le gouvernement progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick a une politique en matière de pronoms similaire à celle de la Saskatchewan, bien que les conseillers d'orientation scolaire puissent utiliser les noms choisis par les enfants.
Vendredi marquait la deuxième fois que les journalistes demandaient à Mme Smith d'intervenir sur le débat entourant les pronoms.
Interrogée à ce sujet le 5 octobre, Mme Smith a affirmé que son caucus étudiait la question.
«Nous n'avons pas encore établi de politique à ce sujet, mais nous avons ces discussions,» avait-elle déclaré à l'époque.
«Ce sont des affaires familiales vraiment très compliquées (et) des décisions très personnelles. J’espère que nous ne politiserons pas cela», avait-elle ajouté avant de poursuivre.
«Nous devons toujours garder à l'esprit, dans nos conversations, qu'il y a des jeunes qui ont vraiment du mal avec leur identité de genre, avec la puberté, avec la façon dont ils s'intègrent. Il nous incombe, en tant qu’adultes, de veiller à maintenir un environnement sûr et favorable pour les enfants.»
La prochaine assemblée générale annuelle du Parti conservateur uni aura lieu au Centre BMO du parc Stampede. Le parti affirme que 3175 membres se sont inscrits jusqu'à présent pour y assister.
Dean Bennett, La Presse Canadienne